Chopper, l’IA qui fait le tri dans le dossier patient

Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, la Dre Sophie Marien, gériatre, interroge chaque jour Chopper, un module d’intelligence artificielle (IA) développé à l’hôpital et intégré au dossier patient. Présenté le 3 octobre au colloque de la Plateforme de première ligne wallonne, l’outil résume les documents publiés sur les réseaux de santé en renvoyant vers chaque source. Précieux en urgence, il réclame toutefois un œil critique dès qu’il rédige.

Le constat parlera à tout clinicien hospitalier. Les informations existent, mais elles sont partagées en vrac, voire en silo : les réseaux de santé régionaux accumulent les documents de tous les intervenants, souvent en PDF ou en texte libre, et l’information a explosé en dix ans. « Parfois, nous avons 400 lignes pour un seul et même patient, et je vous défie d’y trouver l’information utile », lance Sophie Marien. Ses patients, âgés et fragiles, passent du domicile au cabinet du généraliste, de l’hôpital à la maison de repos, du spécialiste à l’officine : autant de sources dont la chronologie est « très difficile à reconstruire ».

Un soir aux urgences

La gériatre illustre par une situation qu’elle dit rencontrer au moins une fois par semaine. Un résident de maison de repos et de soins arrive le soir aux urgences avec des troubles de la parole et de la déglutition. Red flags : il faut vite écarter un potentiel AVC. Hics en chaîne : aucun document n’accompagne le patient, la famille est injoignable et le médecin traitant ne peut pas éclairer la situation. Direction alors le réseau de santé. Les lignes défilent, le Sumehr existe mais date de plusieurs mois, et les lignes d’imagerie ne disent pas toujours de quel examen il s’agit.

Sophie Marien interroge alors Chopper. L’outil livre un résumé chronologique, met en gras les éléments importants et renvoie, pour chacun, vers le document source, qu’un clic suffit à ouvrir. Il retrouve des examens antérieurs qui montrent que les troubles ne sont pas nouveaux. « Je ne dois pas activer l’unité stroke, ni appeler le neurologue en urgence, ni thrombolyser », résume-t-elle. Avant d’ajouter : « Chopper est vraiment utile, il nous a permis de gagner du temps. »

Le module a été conçu à Saint-Luc par un ancien doctorant formé en médecine et en informatique. Son nom évoque le petit renne médecin du célèbre manga One Piece. Il est intégré au dossier du patient ouvert : « Il n’a aucune vue transversale de ce qui se passe chez les autres patients et il ne sort pas du dossier du patient », précise la gériatre. Elle s’en sert aussi pour savoir si une TSH, une vitamine B12 ou une électrophorèse des protéines a déjà été dosée dans l’année écoulée.

Gare à l’excès de confiance

Chopper rédige également : en fin de séjour, il prépare le rapport d’hospitalisation et le schéma de médication de sortie à partir des données du logiciel de l’hôpital. C’est là que Sophie Marien appelle à la prudence. « Il faut connaître la réponse que Chopper devrait donner, et normalement la connaître tout à fait, pour garder un esprit critique, parce qu’il fait des erreurs, il hallucine, et il est très fort pour noyer le poisson. Il vous donne l’impression que c’est très bien, et quand vous lisez en détail, vous vous rendez compte que certaines choses ne vont pas. »

Il y a encore de la marge pour s’améliorer. Au niveau de la fiabilité donc, mais également de la structuration des données. Pour l’instant, Chopper produit encore du texte libre, inexploitable pour l’échange de données et les études de santé publique. Son équipe espère disposer bientôt d’un logiciel capable de restructurer ces informations en SNOMED, la terminologie clinique internationale.

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