Schizophrénie : l'essai ILIA documente les obstacles à l'implantation d'une application de prévention des rechutes

À mi-parcours d'un essai randomisé multicentrique allemand évaluant une application de surveillance des signes précoces de rechute, cliniciens et chercheurs ont analysé ce qui freine l'usage de l'outil en soins courants. Le recrutement par les cliniciens et la continuité du suivi lorsque le patient cesse d'utiliser son téléphone figurent parmi les difficultés majeures.

L'essai ILIA, coordonné par l'Université technique de Munich et financé par l'Innovationsfonds fédéral allemand, compare chez des patients ambulatoires atteints de schizophrénie ou de trouble schizoaffectif (CIM-10 F20/F25) le traitement habituel à ce même traitement complété par une surveillance numérique. Selon le protocole publié en 2025, les participants du groupe intervention renseignent chaque semaine, pendant un an, un questionnaire de dix signes précoces de rechute. Les cliniciens consultent l'évolution des scores sur un tableau de bord accessible par navigateur et un algorithme intégré envoie une alerte au patient comme au clinicien lorsqu'un seuil est franchi, afin de permettre un ajustement du traitement en décision partagée.

Trente cliniciens recruteurs sur quatre-vingts

L'article, signé par Selina Hiller, Katharina Prietzel, Kerem Böge et leurs collègues, rapporte les conclusions d'un atelier d'implantation tenu alors que l'essai était en cours. Les 80 cliniciens ayant été en contact au moins une fois avec l'équipe de l'étude y ont été invités. Parmi eux, 30 avaient recruté au moins un patient à la fin de la période d'inclusion, soit 37,5 %, tandis que 50 n'en avaient recruté aucun. Les discussions ont été structurées autour de l'adoption de l'outil, illustrée par des cas d'usage, et de son maintien à long terme.

Double saisie et rupture de contact

Parmi les obstacles relevés figure la nécessité, pour les cliniciens, de documenter chaque contact à la fois dans le tableau de bord numérique et dans le dossier patient informatisé de l'hôpital, ce qui engendre un travail redondant et des transferts manuels de données. L'un des cas discutés décrit une rechute aiguë survenue après une longue période d'inactivité dans l'application et plusieurs tentatives de contact infructueuses : le patient avait cessé de l'utiliser à la suite de problèmes techniques : un téléphone cassé et un mot de passe oublié.

Déléguer et élargir le cercle

Pour décharger les équipes cliniques, l'équipe de l'étude a assuré le rôle de premier interlocuteur pour les questions techniques et procédurales. Les auteurs estiment que confier l'inscription, la formation et les tâches liées à l'application à des infirmiers de recherche ou à du personnel de soutien numérique favorise la pérennité du dispositif sans surcharger les soignants. Ils recommandent en outre que les futures stratégies d'implantation examinent comment associer de manière systématique d'autres acteurs, en particulier les proches et les pairs. Les résultats principaux de l'essai, portant notamment sur les hospitalisations, n'ont pas encore été publiés.

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