Près de quatre Belges sur dix restent en situation de vulnérabilité numérique

En 2025, 39 % des Belges âgés de 16 à 74 ans restent en situation de vulnérabilité numérique, soit parce qu’ils n’utilisent pas internet, soit parce qu’ils disposent de faibles compétences numériques. Chez les 75-89 ans, cette proportion atteint 81 %, selon la quatrième édition du Baromètre de l’Inclusion numérique, publiée par la Fondation Roi Baudouin. L’étude relève parallèlement l’essor rapide de l’intelligence artificielle : 42 % des 16-89 ans déclarent avoir utilisé un outil d’IA au cours des trois derniers mois.

Réalisé par les équipes de recherche IACCHOS-CIRTES de l’UCLouvain et imec-mict-UGent à partir de données de l’enquête Statbel 2025, le Baromètre suit depuis 2020 l’évolution des inégalités sociales numériques en Belgique. Cette nouvelle édition intègre pour la première fois les personnes âgées de 75 à 89 ans, les dépenses liées à internet et aux télécommunications, le sentiment d’exclusion des non-utilisateurs d’internet ainsi que les usages de l’intelligence artificielle.

L’accès à internet est désormais presque généralisé : 95 % des ménages belges disposent d’une connexion à domicile. Parmi les 16-74 ans, 4 % n’utilisent pas internet. Cette proportion atteint toutefois 34 % chez les 75-89 ans et 11 % parmi les personnes ayant un faible niveau de diplôme ainsi que parmi les pensionnés.

L’utilisation des services essentiels en ligne progresse également, mais les écarts restent importants. Parmi les internautes ayant un faible niveau de diplôme, 36 % n’utilisent pas les services administratifs en ligne, soit quatre fois plus que parmi les diplômés de l’enseignement supérieur. Cette proportion atteint 38 % chez les personnes qui accèdent à internet uniquement via un smartphone, contre 12 % chez celles qui utilisent plusieurs moyens de connexion.

Près de trois usagers sur dix (28 %) font par ailleurs appel à un tiers pour effectuer leurs démarches administratives en ligne. C’est le cas de 40 % des personnes ayant un faible niveau de diplôme et de 36 % de celles disposant de faibles compétences numériques.

Peu d’amélioration depuis 2023

Au total, 39 % des 16-74 ans sont considérés comme étant en situation de vulnérabilité numérique : 4 % parce qu’ils n’utilisent pas internet et 35 % en raison de faibles compétences numériques. Le taux n’a diminué que d’un point depuis 2023, où il atteignait 40 %.

Les écarts sociaux restent marqués. La vulnérabilité numérique concerne 67 % des personnes ayant un faible niveau de diplôme, 48 % de celles ayant de faibles revenus, 47 % des personnes de nationalité hors UE, 56 % de celles déclarant un problème de santé ou une invalidité et 41 % des demandeurs d’emploi. Chez les 75-89 ans, elle atteint 81 %.

La sécurité en ligne reste l’une des compétences les moins maîtrisées. Plus d’un quart (27 %) des internautes âgés de 16 à 74 ans ne disposent d’aucune compétence dans ce domaine. Les jeunes sont également concernés : un 16-24 ans sur cinq ne possède aucune compétence en matière de sécurité numérique.

L’IA creuse un nouvel écart générationnel

Le Baromètre mesure pour la première fois l’utilisation de l’intelligence artificielle. Au total, 42 % des personnes âgées de 16 à 89 ans déclarent avoir utilisé un outil d’IA au cours des trois derniers mois. Cette proportion atteint 75 % chez les 16-24 ans, contre 8 % chez les 75-89 ans.

La Fondation Roi Baudouin souligne que ces nouveaux outils peuvent à leur tour devenir une source d’inégalités pour les personnes qui ne disposent pas des compétences nécessaires pour se les approprier avec discernement.

Le non-usage d’internet s’accompagne également d’un sentiment d’exclusion. Parmi les non-utilisateurs âgés de 16 à 89 ans, 56 % disent ressentir un sentiment d’exclusion fort (24 %) ou très fort (32 %). Cette proportion atteint 75 % chez les 75-89 ans et 62 % parmi les personnes à faibles revenus.

Enfin, le coût de la connexion pèse proportionnellement davantage sur les revenus modestes. Les ménages modestes consacrent en moyenne 617 euros par an à internet, un montant proche de celui des ménages plus aisés malgré des revenus nettement inférieurs. Les familles monoparentales, toutes connectées selon le Baromètre, dépensent en moyenne 841 euros par an.

Pour la Fondation Roi Baudouin, les inégalités numériques portent ainsi de moins en moins sur le seul accès à internet et davantage sur les conditions d’accès, les compétences et la capacité à utiliser de manière autonome les services numériques. Elle plaide notamment pour des services en ligne accessibles, un accompagnement adapté, le développement continu des compétences numériques et le maintien d’alternatives non numériques afin de garantir l’accès aux services et aux droits essentiels.

Plus d’infos
• Synthèse de l’étude en 4 pages
• Résultats complets du Baromètre de l’Inclusion numérique 
• Récit ‘Des bibliothèques mobiles pour renforcer l’autonomie numérique’ 

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