Une étude publiée le 15 octobre 2026 dans le JAMA recense 172,1 millions de requêtes adressées à OpenEvidence par 556.200 médecins américains. Les questions sur les traitements et la prise en charge dominent celles concernant le diagnostic. L'utilisation de cette plateforme d'intelligence artificielle est particulièrement importante parmi les jeunes médecins, les internistes et les généralistes.
Entre janvier 2024 et juin 2026, OpenEvidence, une plateforme d'intelligence artificielle générative destinée aux professionnels de santé, a enregistré 271 millions de requêtes provenant de 952.008 utilisateurs américains. Les médecins représentaient 58,4 % des utilisateurs et 63,5 % des requêtes. Ils ont soumis en moyenne 37,1 questions par mois au cours des mois où ils étaient actifs.
L'utilisation a fortement progressé durant cette période. Le nombre d'utilisateurs actifs mensuels, toutes professions confondues, est passé de 355 en janvier 2024 à 703.265 en juin 2026. Le volume mensuel de requêtes a atteint 27,8 millions à cette dernière date. En 2026, environ 90 % des utilisateurs actifs un mois utilisaient à nouveau la plateforme le mois suivant.
Les traitements avant le diagnostic
L'analyse d'un échantillon de 38,8 millions de requêtes, classées selon leur objet clinique par un modèle d'intelligence artificielle, montre que 33,1 % des questions des médecins portaient sur les traitements et la prise en charge. Les informations sur les médicaments représentaient 14,1 % des demandes, contre 13,9 % pour le diagnostic. Au total, 51,9 % des requêtes des médecins concernaient l'aide à la décision clinique.
Les différences sont également marquées selon l'ancienneté et la spécialité. Les médecins diplômés depuis moins de dix ans, qui représentent 24,3 % des effectifs médicaux américains dans la population de référence, ont généré 61,8 % des requêtes des médecins, soit un ratio d'utilisation de 2,54. Cet indicateur rapporte la part des requêtes d'un groupe à sa représentation dans le corps médical.
Les oncologues et hématologues affichent également une utilisation supérieure à leur poids dans les effectifs médicaux (ratio de 2,00), suivis des internistes (1,88) et des médecins de famille (1,80). À l'inverse, les ratios sont nettement inférieurs en ophtalmologie (0,23), en radiologie et en orthopédie (0,24).
L'étude montre par ailleurs que les médecins interrogent fréquemment l'IA sur des sujets extérieurs à leur spécialité. Cette proportion atteint 35 % des requêtes en oncologie-hématologie et 88 % en médecine d'urgence.
De la mémorisation à la recherche d'informations
Pour les chercheurs, ces résultats suggèrent une évolution de la manière dont les médecins accèdent aux connaissances. Alors que la formation médicale repose traditionnellement sur l'acquisition et l'entretien d'un socle de connaissances, « une part croissante de l'accès aux connaissances passe du rappel à la recherche d'informations », observent-ils.
L'étude ne permet toutefois pas de déterminer dans quelles circonstances les requêtes ont été formulées, ni d'évaluer la qualité des réponses ou leur impact clinique. Trois des sept auteurs travaillaient pour OpenEvidence, qui a fourni les données et participé à leur analyse. Dans un éditorial, le JAMA souligne que l'utilisation répétée d'un outil ne constitue pas une preuve de bénéfice clinique.
Ce constat remet en question un mythe : aucun médecin ne peut tout savoir à lui seul, particulièrement à une époque où les connaissances médicales évoluent à un rythme soutenu.
L'exigence envers le praticien évolue. La compétence ne réside plus uniquement dans la capacité à mémoriser des connaissances et des protocoles complexes, mais aussi dans l'aptitude à trouver, vérifier et appliquer la bonne information au bon moment. Des outils comme OpenEvidence pourraient ainsi devenir de véritables soutiens cognitifs, sans se substituer au jugement clinique du médecin. Reste à démontrer qu'ils permettent effectivement d'améliorer les décisions médicales et de consacrer davantage de temps aux patients.







