Quand les agents conversationnels offrent un refuge émotionnel aux jeunes

Une étude canadienne portant sur près de 40.000 élèves révèle que le recours à l’IA pour obtenir un soutien émotionnel ou des conseils pourrait être le signe d’une détresse. Cet usage est en effet significativement associé à des scores plus élevés de troubles émotionnels et à une prévalence plus élevée de symptômes cliniquement significatifs.

Existe-t-il une association entre l’utilisation affective de l’intelligence artificielle générative (IA) et les problèmes émotionnels chez les enfants et les adolescents?

Une équipe de chercheurs de l’université d’Ottawa a étudié ce lien au sein d’un large échantillon de jeunes (39.761 élèves, âge moyen 12,8 ans, 48,5% de filles). Parmi eux, un sur cinq (21,1%) a déclaré utiliser l’IA à des fins affectives, à savoir pour discuter de ses sentiments, ou solliciter des conseils sur ses relations avec des proches ou d’autres personnes. Ce recours à l’IA était plus marqué chez les élèves de sexe féminin, de genre divers et racisés, en comparaison aux jeunes blancs et masculins. De même, les plus âgés et ceux ayant déclaré utiliser l’IA à des fins scolaires ont fait état d’une utilisation affective de l’IA progressivement plus élevée.

Après ajustement pour des facteurs comme les données démographiques, la solitude, le sentiment de compter et l’utilisation de l’IA pour les études, les jeunes qui recherchaient un soutien émotionnel auprès d’agents conversationnels étaient 26% plus susceptibles de présenter des difficultés émotionnelles de niveau clinique.

«Cette étude transversale suggère que le fait de rechercher un soutien émotionnel auprès de l’IA générative constitue un marqueur spécifique de détresse psychologique chez les enfants et les adolescents, indépendamment du sentiment d’importance ou de la solitude. Les cadres cliniques et les programmes d’éducation numérique devraient établir une distinction entre l’assistance fonctionnelle fournie par l’IA et l’utilisation d’interfaces algorithmiques comme refuge numérique pour répondre à des besoins émotionnels», expliquent les chercheurs qui invitent parents, éducateurs et professionnels de santé à s’intéresser aux raisons qui poussent les jeunes à se tourner vers les chatbots et à ne pas hésiter à entamer avec eux une conversation ouverte et exempte de jugement.

Les auteurs font aussi remarquer que leur étude montre des corrélations et qu’elle ne permet pas d’établir si c’est la détresse qui conduit les élèves à recourir à l’IA ou si c’est son utilisation qui aggrave la détresse.

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