Doctolib au cœur d’une polémique sur l’utilisation des données de santé pour l’IA

Doctolib est au cœur d'une vive polémique en France autour de l'utilisation des données de santé dans plusieurs projets d'intelligence artificielle. L'assistant de consultation lancé en 2024 et un programme de recherche annoncé pour cet été suscitent des critiques de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de plusieurs experts et d'associations de défense des consommateurs. La plateforme assure pour sa part respecter le cadre fixé par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL).

Depuis 2024, Doctolib propose aux médecins un assistant de consultation facturé 79 euros par mois. Avec l'accord du patient, l'outil retranscrit les échanges durant la consultation puis génère une synthèse validée par le praticien. « Aucun tiers ne peut accéder au contenu des notes médicales », affirme la plateforme.

C'est ce service qui a relancé la controverse. Le Canard enchaîné a relevé que la politique de protection des données de Doctolib mentionne le recours à des modèles d'intelligence artificielle de Google (Gemini), Microsoft (Copilot) et Anthropic (Claude). Selon l'hebdomadaire, ces technologies interviennent dans le fonctionnement de l'assistant, ce qui soulève des interrogations sur le traitement des données médicales.

Doctolib conteste cette interprétation. L'entreprise indique que ces sociétés agissent uniquement comme sous-traitants techniques et que des clauses contractuelles leur interdisent d'utiliser les données de ses utilisateurs pour entraîner leurs propres modèles d'intelligence artificielle.

Les critiques portent également sur la nature des données utilisées. Elles sont pseudonymisées et non anonymisées. Pour la LDH et plusieurs spécialistes de la protection des données, une pseudonymisation réduit le risque d'identification mais ne l'exclut pas totalement. Les opposants soulignent également que certains prestataires sont des entreprises américaines soumises au Cloud Act, qui peut, dans certaines circonstances, permettre aux autorités américaines de demander l'accès à des données détenues par des sociétés de droit américain.

Un deuxième volet de la polémique concerne le lancement, en août, d’un programme de recherche en « IA clinique » mené par Doctolib avec des chercheurs de l’Inria, de l’Inserm et de l’Université Paris Cité. L'objectif affiché est de développer des outils capables d'aider les professionnels de santé à mieux anticiper certains risques, à améliorer l'orientation des patients ou à optimiser les parcours de soins.

Le projet utilisera des données démographiques et médicales pseudonymisées provenant des utilisateurs majeurs de la plateforme. Selon Doctolib, ces données seront hébergées en Europe, chiffrées, accessibles uniquement aux chercheurs autorisés et ne seront ni commercialisées ni utilisées pour entraîner les modèles d'IA de ses partenaires.

La procédure retenue fait toutefois débat. Les utilisateurs sont inclus par défaut dans le programme et doivent exercer un droit d'opposition s'ils refusent que leurs données soient utilisées. La LDH estime que ce mécanisme ne garantit pas une information suffisamment éclairée des patients. Une pétition demandant l'intervention de la CNIL a recueilli plus de 25.000 signatures.

La CNIL est l'autorité administrative indépendante chargée de veiller au respect du RGPD et de la législation française sur la protection des données personnelles. 

Doctolib affirme respecter la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL, qui encadre certaines recherches en santé reposant sur la réutilisation de données déjà collectées. Ce cadre permet le recours à un droit d’opposition plutôt qu’à un consentement préalable, à condition notamment que la recherche présente un intérêt public et que seules les données nécessaires soient utilisées.

Face aux critiques, le médecin et entrepreneur Laurent Alexandre a défendu le projet sur RTL. Selon lui, Doctolib dispose de compétences solides en cybersécurité et l’exploitation de ces données peut améliorer la prévention, la compréhension des maladies et l’organisation des parcours de soins. Il estime également qu’empêcher des entreprises européennes de développer leurs propres outils d’IA médicale renforcerait la dépendance envers les acteurs américains.

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