Téléconsultation : Google teste une IA capable de mener des consultations vidéo en temps réel

Après avoir démontré des performances de niveau expert dans les échanges textuels, le système expérimental AMIE de Google franchit une nouvelle étape. Dans une étude randomisée sur des consultations simulées, l'IA a atteint des performances comparables à celles de médecins lors de téléconsultations vidéo en temps réel, tout en guidant des examens physiques virtuels. Les résultats restent toutefois limités à un cadre expérimental.

Google Research et Google DeepMind annoncent une nouvelle avancée de leur système expérimental d'intelligence artificielle médicale AMIE (Articulate Medical Intelligence Explorer). Jusqu'à présent, celui-ci avait principalement démontré ses capacités dans des échanges textuels. La nouvelle version, développée sur les technologies Gemini et Project Astra, est capable de conduire une consultation vidéo synchrone, d'observer les indices visuels et auditifs du patient, de guider un examen physique virtuel et d'intégrer ces informations dans son raisonnement clinique en temps réel.

Pour concilier la fluidité de la conversation avec un raisonnement clinique approfondi, Google a développé une architecture reposant sur trois agents d'IA fonctionnant en parallèle. Un premier assure le dialogue avec le patient, un deuxième met à jour en continu les hypothèses diagnostiques et les propositions de prise en charge, tandis qu'un troisième analyse simultanément les flux audio et vidéo afin d'identifier les signes cliniques non verbaux susceptibles d'orienter le diagnostic.

Une étude randomisée sur 300 consultations

L'évaluation a porté sur 300 consultations simulées couvrant 100 scénarios cliniques dans cinq grands domaines médicaux (cardiopulmonaire, abdominal, ORL, neurologique/psychiatrique et musculosquelettique). Quinze patients standardisés joués par des acteurs ont participé à l'étude, aux côtés de dix médecins généralistes  Les consultations ont ensuite été évaluées par un panel indépendant de vingt médecins expérimentés à l'aide de grilles d'évaluation cliniques validées.

Selon Google, AMIE (Video) a obtenu des performances comparables à celles des médecins pour les compétences cliniques fondamentales, notamment l'anamnèse, la précision diagnostique, la pertinence de la prise en charge et la qualité de la communication. Le système a également égalé ou dépassé la version textuelle d'AMIE sur ces différents critères.

Un avantage pour l'examen clinique virtuel

Les évaluateurs ont attribué à AMIE (Video) des scores supérieurs, en moyenne, à ceux des médecins et de la version textuelle pour l'identification de signes physiques et la capacité à guider les patients lors d'un examen clinique virtuel. Les patients standardisés ont également préféré l'expérience vidéo à la conversation par texte, jugeant la communication plus naturelle et plus efficace.

Pour les chercheurs, il s'agit de la première démonstration d'un système d'IA atteignant un niveau de performance expert dans des consultations vidéo cliniques en temps réel. Cette évolution pourrait présenter un intérêt particulier pour les patients ayant une faible littératie numérique ou en santé, les consultations textuelles leur imposant souvent de décrire eux-mêmes des signes physiques que le système ne peut pas observer.

Des limites importantes

Les auteurs insistent toutefois sur le caractère exploratoire de ces travaux. L'étude a été réalisée exclusivement avec des patients standardisés et ne permet pas de conclure à une efficacité en pratique clinique réelle. Des erreurs de perception et de raisonnement subsistent par ailleurs, de même que certaines limitations techniques. Des études menées auprès de patients réels seront nécessaires avant toute utilisation clinique. Google a d'ailleurs déjà lancé plusieurs évaluations en conditions réelles, notamment avec le Beth Israel Deaconess Medical Center et Included Health.

Une avancée saluée, mais accueillie avec prudence

Les premières réactions de médecins et d'experts en santé numérique sur les réseaux professionnels témoignent d'un intérêt réel, mais aussi d'une certaine prudence. Plusieurs observateurs rappellent que les excellentes performances d'AMIE ont été obtenues dans le cadre d'un examen clinique objectif structuré (ECOS), un dispositif de simulation largement utilisé dans la formation médicale, faisant intervenir des patients standardisés (acteurs). Ce contexte, soulignent-ils, ne reflète qu'imparfaitement la complexité et l'imprévisibilité de la pratique clinique réelle.

D'autres estiment que les questions de responsabilité en cas d'erreur diagnostique, de protection des données biométriques issues de la vidéo, de conformité au RGPD et, plus largement, de gouvernance de l'IA devront être clarifiées avant tout déploiement à grande échelle.

À l'inverse, plusieurs spécialistes de l'innovation en santé considèrent cette publication comme une preuve de concept importante. Selon eux, si ces résultats sont confirmés chez de vrais patients, des systèmes comme AMIE pourraient contribuer à améliorer l'accès à la télésanté, notamment dans les régions confrontées à une pénurie de médecins, dans un cadre de supervision médicale étroite. Cette perspective rejoint l'objectif affiché par Google, qui entend développer des outils destinés à compléter l'expertise des professionnels de santé plutôt qu'à s'y substituer.

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