Près d'un adolescent ou jeune adulte américain sur cinq a déjà eu recours à un chatbot d'intelligence artificielle pour obtenir des conseils en matière de santé mentale. La majorité le fait sans en parler à son entourage, selon une étude publiée en ligne dans la revue JAMA Pediatrics. Les auteurs estiment que les médecins devraient désormais interroger leurs jeunes patients sur l'utilisation de ces outils, tout en rappelant qu'ils ne peuvent se substituer à une prise en charge professionnelle.
Les chercheurs ont interrogé en 2025 un échantillon national représentatif de 1.009 adolescents et jeunes adultes américains âgés de 12 à 21 ans afin d'évaluer le recours aux chatbots d'intelligence artificielle pour obtenir des conseils en santé mentale.
Selon les résultats, 19,2% des répondants déclarent avoir déjà utilisé un chatbot à cette fin, contre 13,1% lors d'une enquête similaire publiée en 2025 dans JAMA Network Open. Parmi les utilisateurs, 42,8% y recourent au moins une fois par mois, 10,8% chaque semaine et 5,8% presque tous les jours.
Plus de neuf utilisateurs sur dix (91,7%) estiment que les conseils reçus étaient utiles, dont un quart les jugent "très utiles". En revanche, 63,3% n'ont parlé à personne de leur recours à un chatbot. Lorsqu'ils le font, ils se confient principalement à un ami (28%) ou, plus rarement, à un adulte de confiance – parent, enseignant ou médecin – dans 16,4% des cas.
"Ces outils peuvent être attrayants parce qu'ils sont accessibles à toute heure, donnent un sentiment de confidentialité et fournissent des réponses immédiates, alors que de nombreux jeunes rencontrent des obstacles pour accéder aux soins", explique le premier auteur, Ryan McBain, chercheur principal à la RAND Corporation. "Mais ces mêmes caractéristiques comportent aussi des risques si les adolescents s'appuient sur les conseils du chatbot plutôt que de solliciter leurs parents, un clinicien ou un autre adulte de confiance lorsqu'ils sont en détresse."
L'étude montre également que les jeunes ayant consulté un médecin pour un problème de santé mentale au cours des six derniers mois étaient davantage susceptibles d'utiliser un chatbot (OR ajusté: 1,89; IC à 95%: 1,18-3,03). Les filles y recouraient environ deux fois plus souvent que les garçons (OR ajusté: 2,10; IC à 95%: 1,36-3,23), tandis que l'utilisation augmentait significativement avec l'âge. Les adolescents de 15 à 17 ans et les jeunes adultes de 18 à 21 ans étaient respectivement près de trois fois (OR ajusté: 2,84; IC à 95%: 1,53-5,28) et près de quatre fois (OR ajusté: 3,65; IC à 95%: 1,98-6,74) plus susceptibles d'utiliser ces outils que les 12-14 ans.
Les chercheurs observent également des différences selon les groupes ethniques. Les répondants noirs étaient plus de cinq fois plus susceptibles d'utiliser un chatbot au moins une fois par mois pour obtenir un soutien en santé mentale que les répondants blancs (OR ajusté: 5,45; IC à 95%: 1,44-20,66). Les participants appartenant à la catégorie "autres" étaient quant à eux plus de deux fois plus susceptibles d'avoir déjà utilisé un chatbot pour des conseils en santé mentale que les répondants blancs (OR ajusté: 2,50; IC à 95%: 1,22-5,13).
Pour Ryan McBain, "l'utilisation des chatbots pour obtenir des conseils en santé mentale fait déjà partie de l'écosystème de la santé mentale des adolescents". Selon lui, les pédiatres et les autres médecins devraient désormais partir du principe qu'une partie de leurs jeunes patients utilisent déjà ces outils, en particulier ceux présentant des difficultés psychologiques. Il les invite à intégrer cette question dans leur anamnèse, en abordant le recours aux chatbots de manière ouverte et sans jugement, comme ils le feraient pour l'usage des réseaux sociaux ou les recherches d'informations médicales sur internet.
Les auteurs soulignent enfin que les prochaines recherches devront évaluer non seulement la fréquence d'utilisation de ces chatbots, mais aussi la qualité des conseils délivrés, leur conformité aux recommandations fondées sur les preuves, leur gestion des situations de crise et leur impact sur le recours aux soins, l'évolution des symptômes, la sécurité des patients et la confiance envers les professionnels de santé.







