IA en santé mentale : entre accès aux soins et sécurité des patients.

Publié le 22 juin 2026 par The Pew Charitable Trusts, un état des lieux passe en revue les promesses et les risque de l'IA en santé mentale, alors que les usages des patients et des soignants devancent largement la régulation.

Le constat de départ est celui d'un double mouvement. D'un côté, les professionnels adoptent rapidement des applications d'IA destinées à soutenir l'organisation du soin : aide au diagnostic précoce, prédiction du risque suicidaire à partir de données en temps réel, automatisation des tâches administratives et transcription des échanges en notes cliniques structurées (plus de soixante outils de documentation sont aujourd'hui sur le marché). De l'autre, les patients accèdent désormais sans effort à des agents conversationnels génériques, conçus pour produire un texte d'apparence humaine en réponse à n'importe quelle question.

C'est ce second versant qui concentre les inquiétudes. Les chatbots grand public ne sont pas homologués pour délivrer une psychothérapie et se révèlent moins efficaces qu'un thérapeute humain, mais ils sont massivement sollicités pour du soutien émotionnel, de la compagnie, voire de la thérapie autoproclamée. Le rapport cite l'estimation d'une entreprise selon laquelle environ 1,2 million d'utilisateurs par semaine y exprimeraient des pensées suicidaires sur sa seule plateforme. Des poursuites judiciaires visent déjà certains développeurs, dont les produits sont accusés d'avoir conduit des usagers au suicide. Une étude de 2025 a par ailleurs documenté l'inconstance des réponses de plusieurs chatbots populaires face à des questions relatives au suicide, et d'autres travaux pointent l'opacité du traitement des données personnelles. Le risque s'avère plus aigu encore pour les adolescents, susceptibles de développer une dépendance, ainsi que pour les personnes âgées et les patients souffrant déjà de troubles mentaux.

Face à ce vide, la régulation s'organise de façon dispersée. En l'absence de cadre fédéral, plusieurs États ont légiféré : l'Illinois, le Nevada et le Tennessee ont restreint ou interdit certains usages, notamment le fait pour un système d'IA de se présenter comme un professionnel de santé mentale qualifié ou pour un soignant de déléguer à l'IA une décision thérapeutique ; l'État de New York impose désormais aux fabricants de chatbots des protocoles capables de détecter l'expression d'idées suicidaires ou d'automutilation et d'orienter l'usager vers les services de crise. Des sociétés savantes et institutions académiques, dont l'American Psychological Association, l'American Counseling Association, le Stanford Institute for Human-Centered AI et la Harvard Medical School, publient de leur côté des recommandations et des formations.

L'arrière-plan épidémiologique donne au débat son acuité : le suicide a réintégré le top 10 des causes de décès aux États-Unis, dans un contexte de pénurie d'accès aux soins de santé mentale.

Lire aussi :

> Santé mentale: le monde est-il prêt pour des thérapeutes numériques ?

> Une tragédie soulève la question de la place de l'IA dans la santé mentale

> Un adolescent se suicide après une relation avec une intelligence artificielle

> Un million de personnes confient à ChatGPT des pensées suicidaires, selon OpenAI

> Le CSS plaide pour un cadre national autour de la numérisation des soins de santé mentale

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.