La Commission européenne a publié ce 17 juin son rapport 2026 sur la Décennie numérique, qui évalue les progrès des États membres vers les objectifs numériques fixés pour 2030. Si la Belgique figure parmi les pays les plus performants en matière de santé numérique et atteint déjà l'objectif européen pour l'accès aux dossiers de santé électroniques, le rapport estime que l'adoption de l'intelligence artificielle dans les soins reste encore limitée et appelle à accélérer son déploiement.
La Belgique obtient à nouveau le score maximal, soit 100/100, pour l'accès des citoyens aux dossiers de santé électroniques, contre 86,5/100 en moyenne dans l'Union européenne. La Commission relève également les « progrès continus de l'eHealth », soutenus par un écosystème mature d'identité numérique et un accès pleinement opérationnel aux dossiers médicaux électroniques. Ce résultat contraste toutefois avec le score de 77,6/100 obtenu pour le parcours de vie numérique « Santé », qui évalue l'expérience globale des citoyens dans leurs démarches numériques liées aux soins.
Les services publics numériques destinés aux entreprises affichent un score de 96/100, tandis que ceux destinés aux citoyens atteignent 81,6/100. Au total, 87,6 % des internautes belges ont utilisé un service public numérique au cours des douze derniers mois, contre 76 % en moyenne dans l'Union européenne.
Le rapport met en avant plusieurs projets structurants pour les soins de santé. Le Belgian Integrated Health Record (BIHR) doit renforcer "le soutien numérique à des soins continus et de qualité tout en favorisant l'autonomisation des patients" . La Belgique poursuit également la mise en œuvre du plan d'action eHealth et du plan national de convergence pour l'intelligence artificielle adopté en 2022, qui comprend un objectif spécifique consacré à la santé. Celle-ci figure en outre parmi les secteurs prioritaires de la stratégie fédérale Apply AI.
Ces initiatives s'inscrivent dans une stratégie numérique plus large. La Belgique consacre 27 % de son Plan pour la reprise et la résilience, soit 1,3 milliard d'euros financés par l'Union européenne dans le cadre de NextGenerationEU, aux technologies numériques. Le rapport ne précise toutefois pas la part spécifiquement destinée au secteur de la santé.
La Commission constate que « l'adoption et l'intégration de l'intelligence artificielle dans les soins de santé restent limitées et inégales ». Selon elle, « les solutions d'IA en milieu clinique nécessitent une priorisation plus claire des cas d'usage ainsi qu'un soutien durable à leur mise en œuvre et à leur évaluation dans les organisations de soins ». Le rapport recommande également d'accélérer l'adoption et le passage à l'échelle de l'intelligence artificielle dans les secteurs stratégiques, de renforcer les infrastructures (cybersécurité et RH) et d'améliorer la coordination entre les différents niveaux de pouvoir et les parties prenantes.
Le rapport souligne néanmoins plusieurs avancées. Six organisations belges participent désormais au Network of AI-powered Advanced Medical Centres, une initiative européenne destinée à accélérer le développement de solutions fondées sur l'intelligence artificielle pour la prévention, le dépistage précoce et le diagnostic du cancer ainsi que des maladies cardiovasculaires. La Belgique participe également au Genome EDIC Working Group, chargé de préparer l'harmonisation transfrontalière, le stockage sécurisé, le traitement et l'analyse des données génomiques pour des cas d'usage à fort impact.
La Commission estime par ailleurs que, si la Belgique a atteint la pleine maturité pour l'accès aux dossiers médicaux électroniques, « les progrès dépendront de plus en plus d'améliorations allant au-delà des exigences fondamentales de la méthodologie », notamment en matière d'expérience utilisateur, d'accès aux données de santé et d'intégration des services.
Enfin, le rapport pointe une faiblesse plus structurelle. Selon la Commission, « la fragmentation entre les responsabilités fédérales, régionales et locales demeure un obstacle structurel à des services publics numériques pleinement fluides et centrés sur l'utilisateur ». Elle recommande de poursuivre les efforts visant à mieux intégrer les services numériques et à améliorer leur utilisation par les citoyens.
> Découvrir l'intégralité du rapport pour la Belgique
Lire aussi :
> Du pilote à l’échelle : retour de Madrid sur le déploiement responsable de l’IA en santé
> L’IA en santé : l’Europe veut accélérer, mais refuse de sacrifier la confiance (Rapport)







