Le directeur d’Abrumet, Pablo d’Alcantara, estime que les tensions actuelles autour de l’application Ma Santé dépassent largement une question technique. Il met en garde contre ce qu’il perçoit comme une volonté du niveau fédéral de reprendre progressivement le contrôle des hubs régionaux de partage de données de santé.
Le débat a resurgi après que Pedro Facon a pointé, lors du symposium de l’ABSyM-Bruxelles consacré aux réformes, une occasion manquée : l’application Ma Santé, forte de 120.000 téléchargements, dans laquelle les francophones ne retrouvent ni leurs vaccins ni leurs résultats d’examens, « faute d’accord du Réseau santé wallon et bruxellois pour les transmettre ». Le responsable du projet VIDIS à l’INAMI s’était déjà exprimé dans le même sens.
Pour Pablo d’Alcantara, cette approche publique est contre-productive. « Ça ne fait pas avancer les choses de faire de telles déclarations en public. » Il ajoute que les hauts responsables du SPF Santé ne l’ont jamais contacté directement à ce sujet.
Le directeur d’Abrumet rejette également l’idée d’une « guerre des hubs ». « Une “guerre des hubs” laisserait entendre un conflit entre les plateformes hubs existantes. Or l’entente entre elles se passe à merveille, tout comme la collaboration entre les trois coffres-forts régionaux, illustrée par le succès de Vaccicard et Vaccinet+ », affirme-t-il. Selon lui, les tensions opposent davantage le fédéral aux hubs régionaux que les hubs entre eux.
Pablo d’Alcantara tient également à distinguer clairement les rôles. Abrumet est l’organisation, tandis que le Réseau Santé Bruxellois (RSB) constitue la plateforme technique. « Je ne suis pas le RSB, je suis Abrumet », résume-t-il. Il regrette également l’usage approximatif de certains acronymes, notamment en néerlandais. Selon lui, lorsqu’il est question du RSB, la dénomination correcte est BGN, pour Brussels Gezondheidsnetwerk. « Le bilinguisme est important ; le SPF Santé devrait le savoir mieux que quiconque », glisse-t-il, voyant dans ce détail un symptôme d’un manque de dialogue plus large.
« Ma Santé a accès aux données »
Sur le fond, Pablo d’Alcantara conteste l’idée selon laquelle Ma Santé n’aurait pas accès aux données du Réseau Santé Bruxellois. « Depuis plus de dix ans, quand on va sur le portail web de Ma Santé, on est redirigé vers le portail du RSB, où l’on a accès à tout. »
Il souligne également qu’en l’absence de helpdesk au SPF Santé, ce sont souvent les patients rencontrant des difficultés avec Ma Santé qui contactent le helpdesk du Réseau Santé Bruxellois avant d’être orientés vers le portail régional. « Et le problème est résolu. »
Selon lui, le problème concerne uniquement l’application mobile. Le fédéral aurait choisi de ne pas rediriger les utilisateurs vers le portail du RSB, contrairement à ce qui existe sur la version web. À la place, l’application indique aux utilisateurs qu’ils n’ont pas accès à leurs données à cause du RSB. « J’ai des directeurs d’hôpitaux qui me demandent : c’est quoi cette histoire ? », rapporte-t-il.
Derrière cette controverse, Abrumet évoque avant tout une question de réciprocité. L’organisation affirme avoir toujours accepté de donner au fédéral un accès direct à ses documents, comme le font déjà les hubs flamands. En retour, elle demande l’application du principe du « no wrong door » (« pas de mauvaise porte »), permettant aux utilisateurs de passer indifféremment des plateformes régionales aux services fédéraux et inversement.
Ce principe, associé à celui du « one place » (encoder une donnée une seule fois), constitue selon Pablo d’Alcantara la base de la gouvernance mise en place avec Vitalink, le RSW, la Région wallonne et la Région bruxelloise. « Malheureusement, le fédéral n’a pas implémenté le “no wrong door”. »
Un rapport de forces assumé
Au-delà des considérations techniques, Pablo d’Alcantara y voit un enjeu politique plus large. Son hypothèse est que le fédéral souhaiterait à terme centraliser l’ensemble des réseaux de santé. « Tout mettre à la Smals », résume-t-il.
Le directeur d’Abrumet ne cache pas son scepticisme quant à l’issue du rapport de forces. « Si les politiques mettent les moyens, ils y arriveront. »
Il espère néanmoins que l’installation du nouveau gouvernement bruxellois et la nomination de deux nouveaux ministres bruxellois de la Santé permettront de relancer le dialogue. Selon lui, les solutions techniques existent déjà. Ce sont avant tout les échanges entre les différents niveaux de pouvoir qui font aujourd’hui défaut.







