« On ne laisse pas les prestataires seuls face à l’e-santé » (Pablo d’Alcantara, directeur d’Abrumet)

Du 15 au 21 juin 2026, Bruxelles vit au rythme de la santé numérique. Organisée par Abrumet avec le soutien de Vivalis, la Semaine eSanté revient pour son rendez-vous annuel, entre conférence, webinaire, reportages et actions de sensibilisation. 

L’exercice n’a rien d’anecdotique. « Le fait de faire de la communication et des formations en continu, tout au long de l’année, le message s’essouffle un peu », reconnaît Pablo d’Alcantara, directeur d’Abrumet. La semaine est cette piqûre de rappel : un effort supplémentaire adressé aux médecins et aux généralistes, mais aussi aux patients et à tout l’écosystème de soins au sens large.

Le constat de départ est plutôt positif. Le Réseau santé bruxellois (RSB) est aujourd’hui « connu et utilisé par tous, bien davantage qu’il y a cinq ou dix ans ». Reste, pour Abrumet, à informer ses membres et ses utilisateurs des nouvelles fonctionnalités et à rappeler que les plateformes continuent d’évoluer. « On continue à travailler sur l’amélioration des plateformes », insiste Pablo d’Alcantara.

Cap sur l’Europe et l’EHDS

Le fil rouge de l’édition 2026, c’est l’Europe. L’Espace européen des données de santé (EHDS) est appelé à transformer le partage et l’usage des données au sein de l’Union, et ses fondations se posent dès maintenant, même si les échéances peuvent sembler lointaines. Pour accompagner les hôpitaux bruxellois dans cette transition, Abrumet organise une conférence « Lunch & Learn » consacrée aux enjeux concrets de l’EHDS, le 17 juin de 12h à 14h à BeCentral. Un webinaire accrédité fera, lui, le point avec les institutions partenaires sur les projets eSanté en cours et à venir. L’occasion, pour des prestataires souvent débordés, de suivre des développements numériques qui rejaillissent sur leur pratique quotidienne.

Vaccicard et la nouvelle génération de hubs

S’il fallait retenir une avancée, ce serait celle-là. L’informatisation des vaccins via Vaccicard a été mise en production début 2026. Pablo D’Alcantara n’hésite pas à parler d’un « gros succès » : les vaccins circulent désormais sans accroc entre les coffres-forts des trois Régions. « Un Flamand qui déménage en Wallonie, un Bruxellois qui part en Flandre : aujourd’hui, les vaccins passent d’un coffre-fort à l’autre. »

Deuxième chantier stratégique, moins visible mais tout aussi structurant : Abrumet Plus. Le nom désigne la plateforme issue des projets dits de data capabilities, que le SPF Santé a financés auprès d’une quinzaine de groupements hospitaliers entre 2023 et 2025, en parallèle d’autant de projets d’innovation. Abrumet a repris l’un d’eux fin 2025. 

Le fédéral finance désormais le rapprochement de quatre data capabilities : celui de Bruxelles (CH Jean Titeca), un en Wallonie (CHR Citadelle), et deux en Flandre (UZ Gent et Broeders van Liefde). Ces quatre plateformes sont aujourd’hui interconnectées. « Ce sera la nouvelle génération des hubs », celle qui permettra d’échanger les données de manière plus granulaire. Le projet doit s’achever cette année, avec l’espoir d’une mise en production : « Il reste encore pas mal de défis à soulever », relève toutefois Pablo d’Alcantara.

Outre le CH Jean Titeca, Abrumet pousse cette année les portes de deux autres institutions bruxelloises pour montrer les coulisses de ces innovations. Le CHU Saint-Pierre met en avant son projet pilote Cross-over, qui fait progresser l’interopérabilité entre réseaux. Quant aux Cliniques universitaires Saint-Luc, elles illustrent Vaccicard et la centralisation des données de vaccination.

La formation, « encore plus important » que la semaine elle-même

Interrogé sur la difficulté à maintenir l’intérêt des médecins pour l’e-santé, Pablo d’Alcantara renvoie d’abord aux formations. « C’est là, plus que dans la semaine thématique, que se joue l’essentiel. Abrumet en organise en grand nombre tout au long de l’année, souvent en partenariat avec les éditeurs de logiciels de médecine générale ». Abrumet revendique un rôle de précurseur : « La Flandre et la Wallonie nous ont emboîté le pas dans ce domaine. » Ces formations ne s’adressent pas qu’aux généralistes, mais aussi aux kinés, dentistes et infirmiers. « Il ne faut pas laisser ces prestataires de soins seuls face à l’e-santé », résume le directeur d’Abrumet. La semaine eSanté, elle, reste « une piqûre de rappel » : une manière de redire que l’aide est là.

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