Portails patients, messageries sécurisées, téléconsultations : une analyse de plus de 140 millions de dossiers, parue dans le JAMA le 22 juin 2026, confirme que les outils numériques sont devenus une composante routinière du soin. Ils s'ajoutent toutefois aux consultations physiques sans s'y substituer et alourdissent la charge des cliniciens.
Conduite par des chercheurs de NYU Langone Health, l'étude se présente comme la plus large revue jamais réalisée des communications enregistrées dans les dossiers électroniques Epic. Le travail porte sur plus de 140 millions de dossiers patients issus de 2 067 hôpitaux et de quelque 47 100 cliniques, et sur l'analyse de plus de 8 milliards d'interactions entre patients et soignants entre janvier 2020 et décembre 2025.
Les chiffres dessinent une bascule d'usage. Les messages échangés via les portails patients ont plus que doublé sur la période (une hausse de 153 %), pendant que le volume total d'appels téléphoniques reculait de 6 %. Le nombre d'Américains disposant d'un dossier Epic actif est passé de 94 millions en 2020 à 140 millions en 2025. Au premier trimestre 2025, 30 % des patients actifs (soit 42 millions de personnes) avaient adressé au moins un message à leur clinicien. La fréquence moyenne des messages envoyés par les patients est montée de 2,2 à 5,4 par an entre le début 2020 et la fin 2025.
Le point clinique central tient en une nuance que les auteurs prennent soin de souligner : les visites en présentiel n'ont pas diminué. Les chercheurs s'attendaient à ce que l'essor de la messagerie réduise les consultations physiques ; c'est l'inverse qui s'observe, avec une légère hausse de 17 % (de 2,37 à 2,77 consultations par patient et par an sur la période). La médecine numérique vient donc se superposer au soin traditionnel, qu'elle prolonge entre les rendez-vous, sans le remplacer.
Cette superposition a un coût. Les co-auteurs relèvent que la délivrance numérique du soin ajoute une couche d'étapes aux flux de travail existants, obligeant les soignants à gérer une charge numérique qui s'empile sur leur charge clinique. Leur conclusion plaide pour une planification anticipée des effectifs et, surtout, pour une formation des équipes à la messagerie clinique, à l'usage des outils d'aide par IA et à l'emploi efficient du temps médical.
Pour qui ces outils fonctionnent-ils réellement ? La question mérite d'être posée à la lecture de ces données. Une messagerie qui se multiplie sans réduction du temps en consultation interroge la promesse d'efficience souvent prêtée à la santé numérique. Si l'outil déplace la charge plutôt qu'il ne l'allège, le bénéfice se loge moins dans la technologie elle-même que dans la manière dont l'organisation et la formation l'encadrent. La leçon vaut au-delà du contexte américain : la technologie n'est jamais neutre, et la formation des cliniciens demeure le levier fondamental. C'est sur ce terrain, et non sur celui de la seule sophistication logicielle, que se jouera la soutenabilité d'une médecine devenue continue et déliée des horaires de bureau.







