Téléexpertise : après la dermatologie, le Dr Troisfontaines attend un signal pour la cardiologie

Alors que la téléexpertise en dermatologie bénéficie désormais d’une reconnaissance de l’INAMI, le Dr Pierre Troisfontaines, chef du service de cardiologie du CHR de la Citadelle à Liège, plaide pour une évolution similaire en cardiologie. Après six mois d’activité, son service a rendu 65 avis spécialisés à distance et entend poursuivre le développement de cette pratique.

Après six mois d’expérience en téléexpertise cardiologique, le Dr Pierre Troisfontaines dresse un premier bilan positif : 65 avis ont été réalisés par le service de cardiologie du CHR de la Citadelle. « L’intégration de la téléexpertise au sein de notre service démontre chaque jour sa valeur ajoutée clinique pour l’écosystème de soins », souligne le chef de service. L’objectif est d’offrir aux confrères qui sollicitent la Citadelle un appui diagnostique et thérapeutique, notamment face à des pathologies complexes.

Les demandes couvrent plusieurs domaines. En rythmologie, elles portent notamment sur l’analyse d’ECG complexes et de Holter, la discussion des indications de pacemakers (CRT, LBBAP et ICD) et l’optimisation des stratégies de procédures d’électrophysiologie (EPS).

Pour la maladie coronarienne, les demandes concernent notamment des pathologies coronariennes complexes et les indications de CTO, y compris en cas d’occlusion chronique. En cathétérisme, la téléexpertise peut porter sur des procédures structurelles telles que le TAVI, la fermeture d’un foramen ovale perméable (FOP), la fermeture de l’auricule gauche (LAAO), le MitraClip et le TriClip, mais aussi sur l’artériopathie périphérique ou le stenting carotidien.

Dans le domaine des valvulopathies, la téléexpertise permet une concertation multidisciplinaire pour discuter notamment des indications d’un geste percutané (TAVI, Mitraclip, TriClip) par rapport à une chirurgie conventionnelle ou mini-invasive. 

Pour les cardiopathies et l’insuffisance cardiaque, les demandes peuvent concerner une mise au point rapide, l’optimisation du traitement, la prise en charge de l’amylose cardiaque ou la discussion d’une thérapie avancée, notamment un stimulateur ou une assistance ou une transplantation cardiaque.

En chirurgie cardiaque, la téléexpertise permet notamment une discussion en Heart Team, une stratification du risque préopératoire et l’orientation de certains patients vers une chirurgie mini-invasive.

Des délais raccourcis et des déplacements évités

Pour le Dr Troisfontaines, cette organisation apporte des bénéfices concrets au parcours de soins. Elle permet une « réduction significative des délais d’avis spécialisés », peut « éviter des hospitalisations ou des déplacements inutiles » et favorise une « prise en charge coordonnée entre les équipes et le plateau technique ».

Les demandes sont centralisées et gérées par l’intermédiaire de la plateforme sécurisée de téléexpertise Omnidoc. « Actuellement, le service est offert aux patients et à nos collègues qui nous sollicitent », précise le cardiologue. La société Omnidoc propose actuellement la plateforme gratuitement.

Le chef de service estime que l’activité devrait atteindre entre 10 et 15 demandes d’avis par mois, voire une vingtaine. Elles devraient concerner notamment la rythmologie, l’insuffisance cardiaque, les valvulopathies et la chirurgie cardiaque.

La question du remboursement

Reste la question de la reconnaissance financière de cette activité. Les avancées intervenues dans le domaine de la télédermatologie sont considérées par le Dr Troisfontaines comme un signal important pour les autres spécialités qui développent la téléexpertise.

« Alors que le signal donné par l’INAMI en dermatologie confirme l’efficience du modèle, nous continuons de plaider pour une reconnaissance tarifaire pérenne de l’acte de télécardiologie », souligne-t-il.

Le remboursement de la téléexpertise cardiologique reste donc à concrétiser. Pour le chef du service de cardiologie de la Citadelle, les 65 avis réalisés au cours de ces six premiers mois constituent une première expérience de terrain en faveur d’une intégration plus structurelle de la téléexpertise dans le parcours de soins.

Lire aussi: La téléexpertise en dermatologie remboursée dès le 1er septembre

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