Télé-expertise : « Au-delà du dermatologue et du généraliste, c’est le patient qui est gagnant »

Depuis le 1er septembre, la télé-expertise en dermatologie est remboursée. Pour Koen Roegies, dermatologue et président de l’Union professionnelle belge de dermatologie et de vénéréologie (UPBDV), ce cadre attendu de longue date corrige d’abord une anomalie : une pratique courante, mais jusqu’ici ni protégée, ni rémunérée, ni conforme au RGPD. Et si dermatologues et généralistes y trouvent chacun leur compte, le premier bénéficiaire, insiste-t-il, reste le patient.

La prestation 107236 permet à un généraliste de soumettre une question clinique et des photographies à un dermatologue, qui rend son avis dans les trois jours ouvrables. L’acte, rémunéré 27,57 euros et plafonné à deux fois par patient et par an, se règle par le tiers payant, sans frais pour le patient. Une nouveauté sur le papier seulement, tempère Koen Roegies : « La télé-expertise n’est rien d’autre que ce que nous faisons déjà depuis longtemps, mais de façon non professionnelle. »

Depuis des années, les dermatologues reçoivent photos et questions par mail non sécurisé, par WhatsApp ou via les réseaux sociaux, et y répondent gratuitement.

Le mérite du nouveau dispositif, pour le président de l’Union, tient en trois mots : protection, rémunération, conformité. « Notre but était que l’avis rendu soit couvert par notre assurance en responsabilité civile professionnelle, que nous soyons payés et que nous soyons en règle avec le RGPD », résume-t-il. Autant d’exigences qui, depuis 2018, s’imposent aux médecins sans qu’aucun cadre ne les rende possibles. Le patient reste libre d’envoyer lui-même ses photos par un canal non sécurisé s’il le préfère ; le professionnel, lui, doit désormais répondre par un système protégé. Il aura fallu treize ans de travail pour aboutir.

Le patient d’abord

C’est pourtant vers le patient que Koen Roegies ramène systématiquement la discussion. « On peut parler du dermatologue, on peut parler du généraliste et de leurs avantages respectifs, mais c’est surtout le patient qui est au centre de toute cette histoire. » Les bénéfices sont tangibles : plus d’attente de plusieurs semaines ou mois, une prise en charge immédiate, la gratuité par le tiers payant, aucun déplacement ni congé à poser.

L’avantage est plus net encore pour les cas sérieux. Prévenu de l’urgence par la télé-expertise, le dermatologue peut libérer d’emblée une place dans son agenda. « S’il s’agit d’une tumeur à opérer, je propose tout de suite une date d’intervention », explique Koen Roegies. « On économise la consultation d’entrée habituelle, et la prise en charge complexe démarre bien plus vite. Sur l’ensemble, environ 80 % des télé-expertises trouvent leur réponse à distance. Les 20 % restants débouchent sur une consultation. »

Toutefois, recevoir un diagnostic sans jamais rencontrer le spécialiste peut aussi inquiéter. « Si je confirme un psoriasis, le patient a soudain un diagnostic, mais aucun contact avec le dermatologue », illustre le Dr Roegies. La télé-expertise diagnostique vite ; elle rassure moins.

Un généraliste qui monte en compétence

L’autre gagnant est le médecin traitant. Depuis son dossier, il prend deux à quatre photographies pendant l’examen et les transmet en une minute. La réponse, reçue sous 72 heures, arrive quand le cas est encore frais. « Le généraliste va bénéficier d’un effet d’apprentissage à distance », observe le dermatologue : face à un cas identique, il se souviendra du diagnostic et de la conduite tenue. L’enjeu est réel quand on sait que la formation dermatologique d’un généraliste se limite souvent à deux semaines de stage, pour une discipline à laquelle il est confronté quotidiennement. Aux Pays-Bas, les études montrent qu’après quelques années, les demandes des généralistes diminuent : ils gèrent davantage seuls.

Pas la fin des listes d’attente

Le président de l’UPBDV insiste sur un point : la télé-expertise reste facultative. « Aucun dermatologue n’est obligé de répondre à ces demandes », rappelle-t-il. « Celui qui décline en informe simplement les généralistes de sa région. » L’économie du dispositif l’invite d’ailleurs à la mesure. À quelque 27 euros, l’acte n’a de sens que s’il prend une dizaine de minutes. Au-delà, il équivaut au temps d’une vraie consultation, facturée 43 euros, et mieux vaut alors recevoir le patient.

Reste à ne pas survendre l’outil. Si les délais explosent, rappelle Koen Roegies, c’est que le profil des patients a changé : près de 70 % de l’activité tient désormais aux contrôles préventifs de grains de beauté. « Il fallait un tri, et il n’existait pas ; on l’obtient maintenant via les généralistes. » La télé-expertise priorisera les cas urgents, sans résorber les files : à une dizaine d’actes remboursés par dermatologue et par an, « ce n’est pas ainsi qu’on va raccourcir les listes d’attente ».

Le budget, calibré sur la situation néerlandaise d’il y a près de 15 ans, pourrait vite s’avérer étroit. Quant au généraliste, s’il n’est pas rémunéré pour l’acte lui-même, l’accord médico-mut prévoit une enveloppe de 42 millions d’euros pour stimuler les soins à distance en première ligne : y recourir ouvrira aussi droit à cette prime.

Lire aussi: La téléexpertise en dermatologie remboursée dès le 1er septembre

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.