Les conclusions étaient unanimes côté belge vendredi (heure locale), au dernier jour du salon Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. L'ensemble des exposants présents ne regrettent pas d'y avoir fait le déplacement, parlent d'un événement "très positif" et ont déjà le regard tourné vers l'édition 2027. Le son de cloche était logiquement le même dans les rangs de l'Agence wallonne aux exportations et aux investissements étrangers (Awex), qui a emmené quinze PME et start-ups aux États-Unis.
Pour l'Awex, la grand-messe mondiale des nouvelles technologies est un événement "incontournable". S'y déplacer se justifie à elle seule par la diversité des contacts possibles sur place, explique Guy-François Vanpaesschen, responsable de l'économie numérique au sein de l'Awex. "Que ce soit avec des investisseurs, des concurrents, des médias ou des clients. Ils sont aussi 'challengés' sur leurs technologies, cela leur donne des idées de nouveaux marchés ou secteurs à conquérir ou de nouvelles applications pour leurs produits. Et, parfois, cela débouche aussi sur des signatures de contrats ou des partenariats entre entreprises wallonnes qui se sont rencontrées sur notre stand."
C'est par exemple ce qu'il s'est passé avec l'alliance annoncée vendredi par Tonomia et Shield AI, deux sociétés belges, qui comptent devenir un futur champion mondial de la souveraineté de l'intelligence artificielle.
Certains exposants se retrouvent par ailleurs parfois en contact avec des géants des secteurs dans lesquels ils sont actifs, que ce soit en matière d'IA ou de technologies de la santé, et qu'ils n'auraient probablement pas rencontré dans d'autres circonstances.
Le bilan est positif également du côté des entreprises belges venues de manière indépendante, qui ne regrettent absolument pas d'avoir déboursé des sommes pouvant paraître élevées. Cela peut aller de 5.000 à 20.000 euros, voire plus encore, pour des espaces d'exposition relativement restreints et très sobres. "Cela ne nous empêchera pas de revenir l'année prochaine", affirme-t-on chez Futurewave, une société de Zaventem qui combine conception industrielle, product design et ingénierie. Elle a collaboré au développement du chariot de golf connecté iXi ou du vélo électrique connecté Cowboy, et est venue chercher des partenaires aux États-Unis, un marché prioritaire pour elle.
L'entreprise reviendra certainement au CES 2027. À nouveau avec son propre stand, ou sur un stand commun avec d'autres entreprises belges ? "Avec le nôtre. C'est bien mieux pour la visibilité et la liberté dans la manière de s'exposer", répond Cédric de Bellefroid, CEO de Futurewave. "On souffre aussi parfois d'un syndrome du 'petit Belge'. Et nous ne souhaitons pas tomber là-dedans en nous installant sur un espace commun, réduisant quelque peu notre grandeur toute relative."
Même son de cloche chez Segments.ai, une société de Louvain spécialisée dans l'annotation de données issues de capteurs pour les véhicules autonomes, drones et robots, et rachetée par une filiale d'Uber il y a quelques mois. Les deux entreprises exposent leur savoir-faire sur un stand commun et n'envisagent pas de faire autrement. Toutes deux comptent bien répéter l'expérience l'an prochain.
Les exposants wallons sont, eux aussi, emballés par ce salon et curieux de ce sur quoi il pourra déboucher. C'est le cas de DDD Robotics, une société spécialisée dans la conception et l'optimisation de soins dentaires à l'aide de technologies numériques avancées et de robots automatisés pour des restaurations dentaires précises et rapides. Son patron, Pierre Chelala, est venu chercher des investisseurs pour lui permettre d'entrer en production, alors que son produit, extrêmement perfectionné, est en cours de certification aux États-Unis et en Europe et pourrait révolutionner à l'avenir le travail des dentistes.
Même curiosité chez Ice-Watch, la célèbre marque belge, qui est venue présenter à Las Vegas sa première montre connectée pour enfant ne nécessitant pas de carte sim. L'appareil est compatible avec les technologies Find My d'Apple et Find Hub de Google. Oscar Lutgen, le responsable des ventes à l'international, espère bien que ce CES permettra à l'enseigne de s'implanter également sur les marchés nord- et sud-américains, alors que son marché actuel est surtout européen et rayonne autour de la Belgique.
La conclusion est donc claire pour tous. "On ne peut pas ne pas y être", martèle encore une fois Guy Vanpaesschen. "Ici, le retour sur investissement, il est là. Et c'est notre rôle d'aider les PME. Le salon est un nid d'opportunités et une carte de visite pour ceux qui ont osé prendre des risques en venant, quitte à se tromper. De plus, elles présentent toutes des produits ou des services innovants et de niche, et ne sont donc pas là pour exhiber des gadgets."
"Dans quel autre endroit peut-on boire une bière (belge) sur un stand belge et rencontrer une organisation représentant 400 dentistes américains?", embraie Cassandre Laurent, le directeur général de l'Agence wallonne du Numérique, pleinement convaincu. Ce CES 2026 constitue sa première mission à l'étranger depuis son entrée en fonction en septembre 2024 pour un mandat de cinq ans. Et ce n'est pas un hasard si son choix s'est porté sur la grand-messe mondiale de la tech.
L'administration qu'il dirige - et qui emploie une cinquantaine de personnes expertes dans leur domaine - est chargée de mettre en œuvre la stratégie Digital Wallonia, qu'elle a élaborée en partenariat avec l'Awex et l'ensemble de l'écosystème du numérique en Wallonie. Celle-ci est valable pour cinq ans et a été présentée en octobre dernier, avec six priorités en son sein: IA, cybersécurité, connectivité, données numériques, éducation et formation aux compétences numériques, et transformation digitale des entreprises. Le CES cadre donc parfaitement avec cette stratégie et aide à construire l'argumentaire pour attirer des acteurs étrangers à investir dans l'économie du sud du pays, conclut Cassandre Laurent.
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