Le CHU de Liège veut faire entrer les drones dans son organisation hospitalière. Profitant de la conférence européenne SAFIR-Ready, qui s’est tenue sur le site du Sart-Tilman le 31 mars, l’institution a présenté son futur dispositif de logistique médicale aérienne pour accélérer le transport de prélèvements, de produits sanguins, de biopsies et de médicaments entre ses sites.
Dans un grand hôpital réparti sur plusieurs implantations, le transport est un enjeu logistique central. Comment acheminer plus vite des échantillons, des traitements ou du matériel sensible sans dupliquer partout les mêmes infrastructures lourdes ? C’est sur ce terrain très concret que le CHU de Liège inscrit son projet. La conférence SAFIR-Ready, consacrée au déploiement des drones dans des usages critiques, notamment médicaux, lui a offert ce 31 mars une scène européenne pour formaliser une ambition d’abord hospitalière.
« Quand on parle d’innovation à l’hôpital, on pense souvent au bloc opératoire, aux plateformes techniques ou au numérique », explique Marc De Paoli, administrateur délégué du CHU de Liège. « Mais une part décisive de la qualité des soins repose sur un autre maillon, beaucoup moins spectaculaire : la logistique. Dans un hôpital qui fonctionne 24 heures sur 24, sur dix sites, l’hôpital ne dort jamais. Il n’y a pas de chirurgie sans stérilisation, pas d’acte technique sans transport et gestion du matériel, pas de soins sans coordination. » Le drone n’est donc pas présenté comme un substitut aux circuits existants, mais comme un outil supplémentaire pour raccourcir certains délais, contourner les contraintes de circulation et mieux choisir le mode de transport selon les besoins.
Le Premier ministre Bart De Wever était présent pour l’occasion. Il a donné à l’initiative une portée plus large, en la reliant aux enjeux de résilience et d’autonomie technologique. Il a aussi inscrit le sujet dans l’actualité, en rappelant qu’en Ukraine comme au Moyen-Orient, les drones montrent chaque jour leur capacité de destruction. Mais, a-t-il aussitôt ajouté, ils ne servent pas seulement à « semer la mort et la destruction : ils peuvent aussi sauver des vies et rendre le monde meilleur. La santé est l’un des usages les plus tangibles d’une technologie appelée à servir l’humanité. »
Ce que le CHU veut vraiment transporter
Le Pr Roland Hustinx, président du Conseil médical du CHU de Liège, est revenu aux considérations du terrain. Son point de départ : le CHU voit ses patients sur plusieurs sites, gère de nombreux centres de prélèvement et travaille aussi avec des partenaires hospitaliers à Liège, Verviers et Huy. Dans le même temps, les laboratoires, les pharmacies hospitalières ou certaines plateformes techniques sont coûteux, très réglementés, gourmands en personnel qualifié et ne peuvent pas être dupliqués partout. « Nous voulons gagner du temps et de l’argent », dit-il, « non pas pour faire plaisir au ministre du Budget, mais pour consacrer ces ressources aux soins des patients. » C’est là que le transport par drone intervient : comme réponse possible à une tension structurelle entre concentration des moyens et dispersion de l’activité.
L’hôpital liégeois compte démarrer l’an prochain avec une première liaison fixe entre le Sart-Tilman (CHU) et Chênée (ND Bruyères). Les premiers vols concerneront des échantillons sanguins à température ambiante ou à 4 degrés, des réactifs de laboratoire, des dérivés sanguins comme les globules rouges, le plasma ou les plaquettes, mais aussi des biopsies et des agents cytostatiques utilisés en cancérologie. Le Pr Hustinx a insisté sur ce point pour couper court à toute lecture gadget du projet : il s’agit de flux biologiques et thérapeutiques sensibles, directement liés à l’activité clinique.
Valider d’abord, déployer ensuite
Le CHU ne veut toutefois pas aller plus vite que la musique. « Nous ne voulons pas mettre nos patients en danger », insiste Roland Hustinx. La littérature disponible est jugée rassurante sur l’intégrité des produits transportés. Le médecin liégeois a cité des travaux montrant qu’un vol n’altère pas la qualité de médicaments complexes comme les anticorps monoclonaux, ni celle d’échantillons sanguins. L’équipe liégeoise veut néanmoins reprendre ces validations elle-même durant les premiers mois, avant toute intégration dans la routine.
La médecine nucléaire pourrait devenir l’un des terrains les plus intéressants. Le Pr Hustinx, lui-même médecin nucléaire, évoque le cas des radiopharmaceutiques. Leur préparation exige des infrastructures lourdes, des salles blanches et des normes strictes, tandis que leur durée de vie est courte. « Quand on dit radioactif, on dit décroissance : la vitesse est essentielle », explique l’intéressé. L’idée serait donc de préparer ces produits dans la radiopharmacie centrale, puis de les expédier très vite vers les sites où se trouvent les patients et les médecins. À cette échelle, quelques minutes ne relèvent plus du confort logistique, mais de l’organisation même des soins.
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