A partir d’un slip un peu particulier, les chercheurs de l’Université du Maryland se sont penchés sur un aspect peu étudié de la santé : la rapidité et la variabilité avec lesquelles les microbes réagissent aux changements alimentaires. A ce jour, cette réflexion reste largement invisible dans les méthodes de recherche actuelles.
Bien que la mesure des produits métaboliques (comme les acides gras à chaîne courte) dans les selles ou le sang donne des indications, la fréquence d'échantillonnage est très limitée. Cela empêche l'observation heure par heure de la réaction des microbes aux apports alimentaires. L’objectif de l’étude est clair : corréler la production gazeuse, l’alimentation et la composition du microbiote à grande échelle.
En effet, l'hydrogène gazeux, produit par le métabolisme microbien, est un biomarqueur sous-utilisé pour la surveillance continue. Il est expulsé par deux voies : l'haleine et les gaz intestinaux qui contiennent des concentrations d'hydrogène nettement plus élevées que l'haleine, ce qui en fait une cible idéale pour une détection sensible. Jusqu'à présent, il n'existait aucun outil non invasif pour un suivi continu.
32 pets par jour
Ces chercheurs ont équipé 19 adultes d’un capteur fixé sur leurs sous-vêtements — le “smart underwear” — pendant 6 jours. Une mesure continue. Jour et nuit. Un chiffre à retenir : 32 pets par jour pour un patient en bonne santé. Le « Smart Underwear » est le premier dispositif portable permettant de surveiller l'activité du microbiome intestinal via l'hydrogène des flatulences. Les participants ont porté ce dispositif plus de 11 heures par jour avec une forte adhésion au protocole et ont rarement signalé d'inconfort. La détection des changements d'activité microbienne induits par l'alimentation a été validée avec une sensibilité de 94,7 % prouvant sa capacité à suivre les changements métaboliques induits par l'alimentation.
Vers une prise en charge plus individualisée
Cette nouvelle approche ouvre de nouvelles perspectives pour étudier les interactions entre l'alimentation et le microbiome, les rythmes circadiens et les conséquences fonctionnelles des changements de composition microbienne.
Cette surveillance continue pourrait transformer les études régime-microbiome vers une prise en charge plus individuelle aux changements de composition ou aux ajustements fonctionnels, une distinction importante pour la nutrition de précision. Une mesure objective pourrait servir de lecture fonctionnelle pour évaluer les prébiotiques et les probiotiques, où le signalement des symptômes peut marquer des effets biologiques.






