Des résultats envoyés… mais jamais reçus : où disparaissent les rapports hospitaliers ?

À Charleroi, les médecins généralistes veulent anticiper l’organisation des soins à l’horizon 2035, mais pointent déjà des failles majeures dans la communication entre acteurs de terrain. Lors de la dernière matinée scientifique de la Fédération des associations de médecins généralistes de la région de Charleroi (FAGC), son président, le Dr Patrick Jadoulle, a insisté sur l’urgence d’améliorer des outils informatiques jugés inadaptés aux besoins de coordination des soins.

Lors de sa dernière matinée scientifique, la Fédération des associations de médecins généralistes de la région de Charleroi (FAGC), en partenariat avec de nombreux autres acteurs de soins de la région, avait la volonté de rédiger une déclaration d’intention visant l’horizon 2035. Le Dr Patrick Jadoulle, président de la FAGC, entend améliorer la relation entre les médecins au bénéfice du patient : « La volonté est de décloisonner les pratiques, nécessité que nous a rappelée notre confrère Jean-Luc Belche, professeur au département de médecine générale de l’Université de Liège, qui a introduit les travaux de la matinée scientifique, et d’avoir un projet thérapeutique pour le grand Charleroi. Nous devons évidemment améliorer la communication au moyen d’un dossier partagé et la complémentarité entre services de garde de médecine générale et services d’urgence hospitaliers. » Sa grande priorité est de « rendre l’utilisation des outils informatiques plus efficace. J’ai parfois l’impression que plus il y a de moyens de communication, moins on communique bien. Je ne veux incriminer personne en particulier, mais le système est mal conçu. Je travaille depuis presque 40 ans… j’ai parfois l’impression que le courrier papier était plus efficace à certains égards. »

Un manque de coordination

Le Dr Jadoulle donne un exemple concret : « Pour un spécialiste, après avoir vu son patient, le fait d’envoyer un rapport sur le Réseau Santé Wallon n’est pas nécessairement couplé automatiquement au fait de l’envoyer au médecin traitant. Ce sont deux manœuvres différentes. Les collègues du réseau Humani, rencontrés la semaine passée, travaillent pourtant à essayer d’améliorer ces situations. Ils ont posé un pop-up pour alerter les spécialistes quand ils envoient leur rapport sur le Réseau Santé Wallon alors que le patient n’a pas de médecin traitant encodé. Toutefois, le pop-up n’est pas bloquant, certains collègues peuvent le contourner. »

Un questionnaire pour comprendre

À Charleroi, les généralistes ont pris le dossier sérieusement en main : « Depuis 7 à 8 mois maintenant, nous avons mis en ligne un questionnaire pour les médecins généralistes afin qu’ils nous renvoient les difficultés de communication qu’ils ont avec les hôpitaux. Pour en parler, nous organisons une ou deux fois par an des “conseils de relais” où nous partons à la rencontre des directions médicales des hôpitaux de la région, chacune à leur tour : la Clinique de Gosselies, le réseau Humani et le réseau Charleroi Métropole, donc le Grand Hôpital de Charleroi. »

Ce questionnaire a relevé des soucis étonnants : « Une grande partie des résultats des patients que nous ne recevons pas sont néanmoins publiés sur le Réseau Santé Wallon. Cette situation est compliquée à comprendre pour nous, médecins généralistes. Le document existe, il a été envoyé sur le Réseau Santé Wallon, parfois le patient en a même reçu une copie papier, avec notre nom dessus… pourquoi n’arrive-t-il pas dans la eHealthBox du médecin traitant ? Les hôpitaux nous répondent que, parfois, le nom du médecin traitant n’est pas bien encodé, ou bien le médecin traitant a changé… Je reste perplexe parce que je soigne certains patients depuis plus de 30 ans (donc le médecin traitant de mon patient n’a pas changé) et de nombreux résultats m’échappent quand même. »

Ce questionnaire permet de dégager des pistes : « Tous ces systèmes informatiques ne sont pas encore assez communicants. Il serait possible d’imaginer que les spécialistes se connectent sur l’INAMI, via MyCareNet, pour connaître le médecin titulaire du DMG (Dossier médical global) pour tous les patients. »

Les médecins carolos attendent aussi des solutions du fédéral : « Le Dr Jean-Luc Belche a évoqué un nouveau dispositif, le BIHR, une espèce de super-méga-plateforme en arrière-plan de tous les logiciels médicaux et qui devrait théoriquement améliorer cette communication… On verra ! »

La qualité des soins

Pour le Dr Jadoulle, si un médecin n’est pas informé, « il ne peut assurer la continuité des soins correctement. Nous sommes le maillon central. Actuellement, nous perdons un temps précieux. Vendredi passé, j’ai moi-même écrit aux adresses électroniques professionnelles de deux confrères spécialistes dans deux hôpitaux différents avec qui j’ai chaque fois un patient en commun. J’ai revu ces patients et je suis un peu inquiet de leur évolution. Je trouve qu’ils devraient être revus relativement rapidement sans que ce soit une urgence. Je leur ai écrit en motivant ma demande. Je n’ai aucune nouvelle. Le patient non plus. C’est quand même un peu décourageant. »

Une réalité qui ne touche pas que les médecins : « Je travaille dans une maison médicale avec une importante équipe pluridisciplinaire. Je vois que mes collègues infirmières, par exemple, ont le même souci avec les collègues hospitalières. La continuité en termes de soins infirmiers n’est pas bonne non plus. »

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    27 avril 2026

    C'est quand même dommage d'avoir dénigré le TFE d'un MG en 2020 pour un questionnement qu'il avait entamé en 2016 sur la centralisation du DMI sur un cloud avec programme médicaux transformés en moteur de recherche et dont les sondages rencontraient des scores staliniens en terme d'adhésion des généralistes pour la communication.
    Les rapports des spécialistes sont souvent dictés, recopiés par le secrétariat puis enfin envoyé au généraliste.
    Si un rapport n'est pas envoyé directement sur le programme du généraliste, il suffit d'aller dans la partie RSW et de le télécharger en 1 seul clic et le document se reclasse tout seul dans le dossier du patient.
    En dernier recours, vous avez aussi la bouche du patient qui sait produire des mots concernant des événements relativement récents à propos de sa santé.