Des chercheurs de l’UZ Gent et de l’Université de Gand ont développé un logiciel capable de calculer plus rapidement et plus précisément la dose optimale de vancomycine chez les enfants en état critique. Les résultats de cette étude multicentrique belge, publiés dans la revue scientifique The Lancet Child and Adolescent Health, montrent notamment une atteinte plus rapide des concentrations thérapeutiques et une diminution des atteintes rénales.
La vancomycine est utilisée dans le traitement d’infections sévères chez les patients pédiatriques critiques. Son dosage reste toutefois délicat : une dose insuffisante risque de compromettre l’efficacité du traitement, tandis qu’une dose trop élevée peut entraîner une toxicité rénale.
« Le calcul de la dose adéquate de vancomycine chez les enfants est complexe, mais aussi essentiel pour un traitement optimal », explique le Pr Pieter De Cock, pharmacien hospitalier et auteur principal de l’étude. « Le modèle mathématique qui sous-tend notre logiciel est clairement plus performant que le calcul classique de la posologie. »
Traditionnellement, la posologie est déterminée sur base du poids de l’enfant et des concentrations sanguines mesurées au cours du traitement. Selon les chercheurs, plusieurs jours sont parfois nécessaires avant d’atteindre la dose adéquate.
Le logiciel testé repose sur une approche de « dosage de précision informé par des modèles ». Le système combine les données cliniques du patient traité avec celles de patients similaires ayant déjà reçu la vancomycine. « Sur la base de toutes ces informations, il formule une prédiction de dose personnalisée », détaille le Pr Pieter De Cock.
L’étude montre que l’exposition thérapeutique souhaitée à l’antibiotique a été atteinte dans les 48 heures chez 71,8 % des patients traités avec le logiciel, contre 53,9 % avec l’approche classique. Des atteintes rénales ont été observées chez 12,4 % des patients du groupe utilisant le modèle mathématique, contre 16,9 % dans le groupe témoin.
Les chercheurs soulignent également que les patients traités via cette approche ont globalement reçu des doses plus faibles de vancomycine.
« Une posologie correctement définie est meilleure pour le patient, mais peut aussi contribuer à réduire les coûts médicaux et le risque de résistance aux antibiotiques », souligne encore le Pr Pieter De Cock. Il recommande l’utilisation du modèle « chez les patients qui doivent recevoir un traitement par vancomycine prolongé, ou qui présentent un risque accru d’atteinte rénale ».
L’essai a inclus 332 patients âgés de 1 jour à 18 ans dans 14 unités de soins intensifs néonatals, pédiatriques et d’hématologie réparties dans sept hôpitaux belges, dont l’UZ Leuven, les Cliniques universitaires Saint-Luc, l’UZ Brussel, l’AZ Sint-Jan Brugge, l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola et l’Hôpital Erasme.
Le projet a été financé par le programme KCE Trials du Centre fédéral d’expertise des soins de santé.
Les chercheurs ont également évalué l’acceptabilité du système auprès des équipes soignantes. Selon une enquête publiée dans l’International Journal of Clinical Pharmacy, médecins, pharmaciens et infirmiers souhaitent poursuivre l’utilisation du logiciel, à condition qu’il soit intégré aux systèmes de prescription électronique existants et accessible en continu dans les unités de soins.







