Que devient le projet Vidis?

Le projet Vidis, l’acronyme de Virtual Integrated Drug Information System, censé centraliser les données de médication de tous les patients belges, a longtemps cristallisé les frustrations du terrain. Cinq ans après son lancement, Don Leonard Lomami, responsable du projet, dresse le bilan.

Combien de fois avez-vous consulté un patient dont le schéma de médication était incomplet, périmé ou tout simplement introuvable ? Don Leonard, lui, connaît la réponse. Et c’est précisément pour y remédier qu’il pilote le projet Vidis depuis 2021. « Je suis encore vivant et debout », plaisante-t-il, conscient que le projet a la réputation d’une arlésienne.

Paul, patient universel

Pour rendre son propos concret, Don Leonard part d’une image : un homme âgé, polymédicamenté. Il lui donne un prénom : Paul. « Qui est Paul ? Un inconnu, peut-être. Mais aussi votre père. Votre voisin. Un ami. Les gens que vous croisez chaque jour, les gens que vous aimez. C’est pour eux que nous travaillons. » Derrière cette image, une réalité bien connue des médecins généralistes : l’accès aux données de médication de Paul était – et reste parfois encore – un vrai casse-tête. Les informations étaient fragmentées entre plusieurs sources, mal synchronisées, rarement à jour.

L’ambition de Vidis est, depuis ses origines, que Paul et ses soignants puissent accéder aux bonnes informations au bon moment. Un principe en apparence simple, mais dont la mise en œuvre s’est révélée autrement plus complexe.

Ce qui existe aujourd’hui

Concrètement, que peut faire un médecin généraliste grâce à Vidis aujourd’hui ? La réponse est plus fournie qu’on ne pourrait le croire. Pour les patients, une application mobile et un module dans le portail MyHealth ont été développés. Ils permettent d’avoir une vue d’ensemble de leur médication, mais aussi d’autres données de santé comme les vaccinations. Paul peut même accéder aux informations médicales de ses enfants et de ses mandataires.

Du côté des prestataires de soins, un portail du schéma de médication centralise les informations disponibles : les notes de journal et le schéma de médication conservés dans les coffres régionaux, les prescriptions ouvertes stockées dans Recip-e, les prescriptions délivrées enregistrées dans Tarfac. Et d’ici à la fin de l’année, les remboursements du chapitre 4 – issus de MyCareNet – devraient également rejoindre le tableau de bord. De quoi avoir, enfin, une vision vraiment globale de la médication d’un patient.

L’API : attendue, retardée, mais pour de bonnes raisons

C’est là que le bât a longtemps blessé. L’API Vidis – autrement dit la possibilité pour les logiciels des médecins d’interroger directement les données Vidis en profondeur – a fait l’objet de nombreuses discussions et de fortes attentes. Elle n’est pas encore disponible. Mais Don Leonard tient à expliquer pourquoi, et l’argument mérite d’être entendu.

« Développer quelque chose juste pour dire qu’on l’a fait n’a aucun sens si cela ne résout pas les vrais problèmes. » Et les vrais problèmes étaient nombreux : un hôpital n’aurait pas pu utiliser cette API sans accès à eHealth Connect. Idem pour un centre de santé mentale, ou pour les logiciels wallons qui ne sont pas encore intégrés. Une API déployée trop tôt aurait été inutilisable pour une large partie du terrain.

La priorité est donc désormais de résoudre ces problèmes structurels en amont : faire monter tout le monde à bord d’eHealth Connect, ouvrir l’accès aux réseaux de santé pour les professionnels et permettre à l’API d’être réellement utile – en maison de repos, en centre de santé mentale, à l’hôpital et en première ligne. « C’est un travail institutionnel, à un niveau qui dépasse largement mes attributions », précise Don Leonard. « Mais nous poussons pour que ces problèmes réels soient résolus. »

Le bus FHIR n’attendra pas

Un autre signal important – surtout pour les fournisseurs de logiciels : le standard FHIR, l’interopérabilité de nouvelle génération pour les systèmes d’information en santé, est en train de s’imposer. Les « care sets » – les jeux de données standardisés concernant la ligne de médication, la prescription et la délivrance – ont déjà été publiés. « Le bus FHIR a déjà quitté le quai », insiste Don Leonard. « Si vous êtes un intégrateur de logiciels et que vous n’en avez pas entendu parler, je m’inquiéterais. »

Pour les généralistes, le message est ailleurs : si votre logiciel n’évolue pas vers ces standards, c’est la qualité des données que vous recevrez demain qui en pâtira.

Le projet avance 

Don Leonard est le premier à reconnaître que le chemin a été long. Trop long, diront certains. Mais les briques sont posées et les ambitions du projet se précisent. La phase suivante vise à améliorer encore l’interopérabilité, à finaliser l’intégration des notes de journal dans le standard FHIR et à préparer un nouveau cycle d’audit.

Lire aussi :

> Les médecins doivent-ils craindre le projet Vidis ?

> L’INAMI mise sur les données de santé partagées pour améliorer la qualité des soins

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.