Les jeunes désinformés par les réseaux sociaux sur les dangers du soleil 

"La crème solaire est mauvaise pour la santé", "un bronzage de base protège la peau", "rien ne vaut ce glow doré": autant d'idées reçues qui prolifèrent sur les réseaux sociaux et favorisent des comportements à risque face au soleil, en particulier chez les jeunes. Dans sa campagne baptisée "Bullshit", présentée mardi, le réseau européen de dermatologues Euromelanoma pointe ce phénomène et tente de rétablir les faits.

"Malgré une meilleure connaissance des dangers liés aux UV, des affirmations erronées continuent de circuler massivement sur TikTok, Snapchat ou Instagram. Elles banalisent les coups de soleil, découragent l'usage de protection solaire et renforcent des habitudes à risque", souligne Thomas Maselis, dermatologue et président belge d'Euromelanoma.
Les chiffres invitent pourtant à la prudence. Environ un cancer sur trois diagnostiqué aujourd'hui est un cancer de la peau, dont l'incidence ne cesse d'augmenter en Belgique. "En vingt ans, le nombre de nouveaux cas a progressé de 500%. Aucun autre cancer n'évolue aussi rapidement", relève M. Maselis. "Aujourd'hui, un Belge sur cinq développera un cancer de la peau avant 75 ans."
Cette hausse s'explique notamment par des décennies d'exposition excessive aux UV, combinées à des normes esthétiques valorisant le bronzage. "Une peau 'caramel' reste associée au luxe et aux vacances, alors qu'il s'agit en réalité d'une réaction de défense face à des dommages à l'ADN", rappelle le dermatologue. Les UV stimulent en outre la production de dopamine et d'endorphines, procurant un bien-être temporaire pouvant encourager une légère addiction.
Dans ce contexte, les réseaux sociaux jouent un rôle central. Plus de 77% des Belges y sont actifs, une proportion qui atteint 85% chez les jeunes. "Les 'likes' et les commentaires positifs renforcent les comportements. Lorsqu'un teint hâlé est valorisé, ce signal l'emporte souvent sur la connaissance des risques", explique Julien Tiete, psychologue à l'Université libre de Bruxelles (ULB).
Les messages de prévention classiques peinent dès lors à atteindre ce public. "Ils doivent être portés par des personnes dans lesquelles les jeunes se reconnaissent : des pairs, des influenceurs, des modèles", ajoute-t-il.
Sur le terrain, les dermatologues constatent concrètement les effets de ces tendances. "La mode des 'tan lines' ou 'burn lines', ces marques de bronzage qui témoignent d'un séjour au soleil, incite certains à s'exposer davantage", regrette Samira Baharlou, dermatologue à l'UZ Brussel. Elle rappelle toutefois qu'il existe des alternatives plus sûres, comme des écrans solaires teintés.
Les adolescents poussent encore peu la porte des cabinets dermato, le plus souvent pour des problèmes d'acné. "En matière de dépistage, c'est plus compliqué. Quand ils viennent, c'est souvent parce qu'ils y sont poussés par leurs parents ou en raison d'antécédents familiaux", explique-t-elle. "C'est parfois difficile de les atteindre et donc de les sensibiliser. Pourtant, tout se joue avant 30 ans, après la peau prend sa revanche."
La spécialiste insiste dès lors sur la nécessité d'adapter les messages. "L'exposition au soleil favorise aussi le vieillissement cutané, et c'est un argument qui peut davantage parler aux jeunes."
De son côté, Karlijn Clarysse, une consœur et créatrice de contenu, souligne l'importance du travail de démystification. "En consultation, nous voyons des patients qui évitent la crème solaire par crainte injustifiée, pensent qu'un bronzage les protège ou minimisent les coups de soleil." Ces croyances influencent aussi le recours aux soins, certains retardant un contrôle, rassurés à tort par des contenus vus en ligne.
"Cela peut conduire à des diagnostics plus tardifs, avec des conséquences importantes", avertit-elle. Face à cette évolution, les médecins sont appelés à renforcer leur présence publique. "Nous devons être visibles, communiquer en ligne et rendre les informations médicales accessibles et attractives", conclut-elle.

Lire aussi: Protection UV: des comportements à risque persistent en Belgique

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