La Commission européenne a sommé vendredi la plateforme numérique chinoise TikTok, très populaire auprès des jeunes, de revoir son fonctionnement "addictif", sous peine d'une amende qui pourrait atteindre 6% de son chiffre d'affaires mondial.
TikTok enfreint le règlement de l'UE sur les services numériques (DSA), a conclu la Commission au terme d'une enquête préliminaire. La conception de cette application exploite les vulnérabilités psychologiques des utilisateurs, plaçant leur cerveau en mode "pilote automatique" et réduisant leur capacité d'autocontrôle, selon l'exécutif européen. Cette décision est la toute première au monde à établir une norme juridique concernant le "design addictif" d'une plateforme numérique.
Sont ciblés en particulier le défilement perpétuel ("scroll"), la lecture automatique, les notifications push et le système de recommandation fortement personnalisé.
La Commission juge que TikTok a négligé les risques pour la santé mentale des mineurs, ignorant des indicateurs critiques comme la fréquence d'ouverture de l'application ou son utilisation nocturne.
Les mesures d'atténuation en place ne sont pas suffisantes pour contrer la nature extrêmement addictive de l'outil, a souligné un haut fonctionnaire européen préférant garder l'anonymat. Ainsi, les limites de temps d'écran sur la plateforme sont faciles à contourner avec un code préétabli aussi simple que 1234, par exemple. L'exécutif a cité un rapport parlementaire français montrant que 8% des enfants de 12 à 15 ans passaient plus de 5 heures par jour sur l'application.
Bien que l'accent soit mis sur les mineurs, les griefs de la Commission concernent également les "jeunes adultes vulnérables", une catégorie de risque distincte prévue par le DSA.
À ce stade, la Commission estime que TikTok doit désactiver le scroll perpétuel, instaurer des "pauses écran" efficaces, y compris pendant la nuit, et modifier son système de recommandation.
"La dépendance aux réseaux sociaux peut avoir des effets néfastes sur le développement mental des enfants et des adolescents", souligne la vice-présidente de la Commission Henna Virkkunen. "Le DSA rend les plateformes responsables des effets qu'elles peuvent avoir sur leurs utilisateurs. En Europe, nous appliquons notre législation afin de protéger nos enfants et nos citoyens en ligne."
ByteDance, maison-mère de TikTok, dispose désormais d'un droit de défense pour répondre à ces conclusions. Si l'infraction est confirmée, l'amende pourra atteindre 6% de son chiffre d'affaires mondial.
Cette étape s'inscrit dans une enquête ouverte en février 2024, dont d'autres volets sur la transparence publicitaire et l'accès aux données ont connu des avancées fin 2025.
Deux éléments de cette enquête n'ont pas encore fait l'objet de conclusions préliminaires. Il s'agit de l'assurance de l'âge: la Commission vérifie si TikTok empêche efficacement les mineurs de mentir sur leur âge. L'effet de "terrier de lapin" est également visé, cet enfermement des utilisateurs sur l'app lorsqu'ils voient défiler des vidéos jugées adaptées à leurs intérêts par l'algorithme.







