L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes publie dans un communiqué mercredi la première étude belge consacrée aux violences numériques dans le cadre du dating et des relations entre partenaires ou ex-partenaires. L’enquête met en évidence un phénomène largement répandu, touchant tant les femmes que les hommes, avec une exposition accrue des jeunes adultes et des personnes LGBTQIA+, alors que très peu de plaintes sont déposées auprès de la police.
L’étude analyse les actes visant à nuire ou à contrôler un·e (ex-)partenaire au moyen d’outils ou de plateformes numériques, tels que les réseaux sociaux, les messageries, la géolocalisation, les applications bancaires ou les sites de e-commerce. Elle couvre différentes formes de violences, parmi lesquelles le cyberharcèlement, la cybersurveillance, les violences sexuelles numériques, les violences économiques et administratives numériques ainsi que les violences numériques par l’intermédiaire des enfants.
Selon les résultats, les violences numériques apparaissent souvent dès le début de la relation ou pendant la phase de dating. « Le contrôle numérique est parfois confondu avec l’inquiétude romantique, mais il peut être le signe avant-coureur d’une relation potentiellement toxique et violente », explique Michel Pasteel, directeur de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Ces comportements peuvent en outre se poursuivre bien après la séparation.
Les jeunes adultes et les personnes LGBTQIA+ sont particulièrement exposé·e·s, en raison d’une utilisation plus intensive des outils numériques dans les relations et le dating, ce qui favorise certaines formes de violences. Pour les personnes LGBTQIA+, ces violences s’appuient parfois sur des risques spécifiques, comme l’outing ou l’exploitation de données personnelles sensibles, ce qui renforce leur vulnérabilité.
L’étude met en lumière plusieurs indicateurs chiffrés. Soixante-six pour cent des répondant·e·s déclarent avoir subi des pressions pour envoyer des photos dénudées sur des applications de rencontre. Parmi celles et ceux ayant envoyé une image intime, 60 % indiquent avoir été menacé·e·s de sa diffusion et 55 % rapportent une diffusion sans consentement. Trente-huit pour cent disent avoir déjà été agressé·e·s verbalement via des messages privés par leur (ex-)partenaire, tandis que 39 % ont été confronté·e·s au contrôle ou au suivi de leurs activités en ligne sans leur consentement. Vingt-huit pour cent mentionnent un contrôle numérique de leurs finances via des applications bancaires ou des sites web, sans leur accord.
Malgré cette ampleur, peu de victimes se tournent vers la police. Selon le type de violence, seules 2,5 à 5,1 % des personnes concernées signalent les faits. Les raisons avancées incluent la peur des conséquences, les menaces de l’(ex-)partenaire ou la crainte que la police minimise les faits. « Nous devons reconnaître l’évolution technologique et prendre des mesures appropriées pour mieux protéger et soutenir les victimes de ces violences numériques. Les victimes doivent pouvoir être rassurées quant au fait que leurs plaintes seront prises au sérieux par la police, la justice et les services d’aide », souligne Michel Pasteel.
Face à ce constat, l’Institut formule plusieurs recommandations. Il plaide pour un renforcement de la sensibilisation par des campagnes ciblées à destination du grand public et des professionnels, afin d’informer sur les formes de violences numériques et les sanctions pénales encourues. Il propose d’intégrer la dimension numérique dans les formations obligatoires de la police, de la justice et des services d’aide, d’améliorer le soutien aux victimes en incluant une assistance technique pour la sécurisation des appareils et la suppression de contenus, et de faciliter la collecte de preuves grâce à des outils simples et conformes au RGPD.
Réalisée par l’Université d’Anvers, l’Université de Gand et l’Université libre de Bruxelles, à la demande de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, cette première étude belge de grande envergure combine une enquête auprès de 3 000 personnes et des entretiens qualitatifs. L’étude complète est disponible en français et en néerlandais sur le site de l’Institut.
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