Le développement de l'intelligence artificielle (IA) pourrait nécessiter un marché mondial proche de 6.000 milliards de dollars par an d'ici 2031 pour financer les infrastructures nécessaires, ressort-il mardi du rapport technologique 2026 publié par Bain & Company. Le cabinet souligne parallèlement que l'IA accélère fortement les cyberattaques et transforme l'organisation du travail dans les entreprises.
Les investissements annuels dans les infrastructures liées à l'IA pourraient atteindre 1.500 milliards de dollars en 2031. Les revenus tirés des applications destinées aux particuliers et aux entreprises ne représenteraient toutefois qu'entre 1.200 et 1.800 milliards, laissant environ 4.200 milliards de dollars à générer via de nouveaux usages.
Bain identifie notamment la recherche et la publicité, les véhicules autonomes, la robotique et l'"IA physique" (les systèmes d'IA qui opèrent et interagissent avec le monde physique) parmi les relais de croissance possibles. Le cabinet évoque également de nouveaux usages dans la découverte de médicaments, les matériaux ou la recherche scientifique.
Cette expansion devrait s'accompagner d'une forte hausse des capacités de centres de données. Bain estime entre 5.000 et 6.500 milliards de dollars les investissements nécessaires pour ajouter près de 150 gigawatts de capacités informatiques d'ici 2030, ce qui porterait la capacité mondiale à près de trois fois son niveau actuel en cinq ans. Aux États-Unis, la part du PIB consacrée aux centres de données rivalise désormais avec les grands travaux ferroviaires et électriques historiques.
Le développement de ces infrastructures se heurte toutefois à plusieurs contraintes, notamment l'accès à l'électricité, la disponibilité des semi-conducteurs, le manque de main-d'œuvre qualifiée et les délais administratifs. L'Irlande, les Pays-Bas et le Danemark ont déjà limité ou suspendu temporairement certains nouveaux raccordements au réseau.
Le rapport pointe aussi les risques liés à la cybersécurité. Selon Bain, le temps nécessaire pour mener une cyberattaque type est passé d'environ quatre semaines à 18 heures grâce à l'IA. Les tentatives d'hameçonnage deviennent plus nombreuses et plus personnalisées, tandis que le clonage vocal et la falsification vidéo en temps réel élargissent les possibilités de fraude.
Dans le domaine des logiciels, l'avènement d'IA "agentiques" (capables de coordonner des tâches complexes entre plusieurs systèmes) ouvre, selon le cabinet, un marché directement accessible d'environ 100 milliards de dollars aux États-Unis, dont plus de 90% resterait encore inexploité. Ces outils accélèrent aussi le développement informatique : les développeurs accomplissent environ 21% de tâches supplémentaires, mais le temps consacré à leur vérification augmente de 91%, déplaçant le goulot d'étranglement vers le contrôle humain. Ils gèrent en outre 47% de flux de travail simultanés supplémentaires.
Dans les entreprises, le cabinet observe parallèlement une évolution des structures de travail. Dans le secteur du logiciel, la proportion d'organisations d'ingénierie fonctionnant selon une structure pyramidale traditionnelle est passée de 66% à 29%. Les développeurs s'attendent en outre à consacrer environ un tiers de leur temps à diriger des agents d'IA dans les deux prochaines années. Les équipes tendent à devenir plus petites, tandis que le jugement et la capacité à superviser des agents prennent davantage de poids par rapport aux tâches d'exécution.







