La PPLW à l’assaut de la seconde ligne : le défi d’un chantier e-Santé titanesque

Historiquement dévolue à la première ligne, la Plateforme de la première ligne wallonne (PPLW) voit ses missions s’élargir : elle doit désormais assurer la formation e-Santé des milieux hospitaliers et des structures intermédiaires (MR/MRS). Un changement de paradigme qui confronte la structure à une réalité de terrain d’une complexité insoupçonnée.

L’annonce est passée presque inaperçue dans les méandres des comités de pilotage de l’Inami et de l’Aviq l’an dernier, mais elle marque un tournant pour l’écosystème numérique wallon. L’Inami estime que les bases de l’e-Santé sont désormais acquises par l’ensemble des professions de soins de la première ligne. L’Aviq, de son côté, est consciente qu’il reste du travail à effectuer et ajoute une nouvelle mission : former la seconde ligne et les MR-MRS.

Si l’intention est louable – créer un langage commun entre les lignes de soins pour une meilleure interopérabilité –, la mise en œuvre révèle des freins structurels et techniques qui s’apparentent à un véritable parcours du combattant.

Une hétérogénéité logicielle paralysante

Le premier obstacle, et sans doute le plus redoutable, est la diversité des outils. Contrairement à la première ligne où les logiciels métiers sont (relativement) standardisés, chaque hôpital wallon constitue un îlot technologique. « Chaque hôpital a ses propres outils digitaux. L’interopérabilité n’est clairement pas optimale à l’heure actuelle. La première et la deuxième ligne de soins évoluent dans deux mondes distincts qui communiquent peu », explique Justine Vignola, directrice de la PPLW.

Pour la PPLW, cela implique une charge de travail préparatoire colossale : il faut prendre connaissance de la réalité informatique de chaque institution, identifier les publics cibles prioritaires et adapter les messages en fonction des capacités techniques locales. Cette fragmentation est telle qu’au sein de certains réseaux hospitaliers, des sites distincts ne parviennent pas à partager des documents entre eux.

« Le défi est tel que l’objectif pour cette année 2026 est davantage une sensibilisation qu’une formation à destination des professionnels de la deuxième et troisième ligne de soins », ajoute Justine Vignola.

La persistance des freins « pratico-pratiques »

La complexité n’est pas que logicielle, elle est aussi culturelle et procédurale. Malgré 16 ans d’existence du Réseau santé wallon (RSW), des méconnaissances fondamentales persistent en milieu hospitalier. Justine Vignola cite l’exemple récurrent de services persuadés que les infirmières hospitalières ne peuvent pas alimenter le réseau faute de numéro Inami, alors qu’un simple numéro NISS relié au système CoBRHA suffit.

Ces « bruits de ligne » empêchent une alimentation correcte du dossier du patient. Résultat : l’information médicale reste souvent prisonnière des murs de l’hôpital. « La lettre de sortie, document pivot de la continuité des soins, finit encore trop souvent égarée dans le sac du patient ou oubliée dans le véhicule d’un bénévole plutôt que d’être systématiquement numérisée », explique Fabienne Van Dooren, directrice générale d’Axxon Qualité en kinésithérapie, l’aile francophone de l’association professionnelle des kinésithérapeutes, et administratrice de la PPLW.

L’urgence de retrouver le « sens » de la donnée

Face à cette complexité, la PPLW mise sur une stratégie : la pédagogie du sens. Former la seconde ligne ne consiste pas seulement à apprendre à cliquer sur les bons boutons, mais à faire comprendre aux spécialistes et aux infirmiers l’impact de leur contribution numérique.

« Un SumEHR de qualité ou un schéma de médication actualisé à la sortie de l’hôpital n’est pas une charge administrative, c’est un acte de soin qui sécurise le patient une fois rentré chez lui », rappelle Justine Vignola. « Il faut que les gens trouvent le sens. Si c’est juste publier pour publier, les gens ne le font pas. »

Au vu de l’ampleur de la tâche, la PPLW joue la carte du pragmatisme. Comme expliqué, l’année 2026 sera consacrée en priorité à la sensibilisation et à l’information plutôt qu’à des formations techniques massives. Le chantier est tel qu’il nécessite également un renforcement des troupes : la plateforme recherche activement des « formateurs métiers » (médecins ou paramédicaux passionnés par l’e-Santé) capables de parler le langage de leurs pairs en seconde ligne.

L’enjeu final dépasse le cadre technique : il s’agit de sceller une alliance numérique entre toutes les lignes de soins. Le symposium de la PPLW, prévu le 3 octobre 2026, dédié au partage des données de santé, sera le premier grand rendez-vous où la seconde ligne sera officiellement invitée à prendre la parole sur ce partage de données tant attendu.

Lire aussi: E-santé : la PPLW appelle à renforcer la formation des médecins et des soignants

 

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