AquaWomb : vers un système extra-utérin pour les naissances extrêmement prématurées

© Bart van Overbeeke

Un projet de recherche mené à l’Eindhoven University of Technology explore le développement d’un système d’environnement extra-utérin destiné aux naissances extrêmement prématurées. Baptisé AquaWomb, le dispositif vise à maintenir une physiologie fœtale chez des fœtus extraits autour de 22 à 24 semaines de gestation afin de permettre la poursuite de la maturation des organes. Le projet est développé en collaboration avec le service d’obstétrique du Máxima Medical Center.

Le dispositif repose sur un environnement liquidien fermé destiné à reproduire les conditions intra-utérines. Le fœtus est placé dans une enceinte transparente remplie d’un liquide amniotique artificiel maintenu à température physiologique et en circulation continue. L’objectif est de préserver une physiologie fœtale en évitant l’exposition précoce à la respiration aérienne.

Les échanges gazeux et métaboliques sont assurés par un circuit extracorporel connecté aux vaisseaux ombilicaux fœtaux. Le système fonctionne comme un placenta artificiel, assurant l’oxygénation et l’élimination du CO₂ tout en maintenant une circulation ombilicale fœtale. Contrairement à l’oxygénation extracorporelle classique, le circuit est conçu pour fonctionner à basse résistance afin de permettre une perfusion principalement générée par le débit cardiaque fœtal.

L’objectif est de maintenir la physiologie fœtale après une naissance extrêmement prématurée afin de retarder la transition vers la respiration pulmonaire. Chez les enfants nés avant 24 semaines de gestation, l’immaturité alvéolaire et vasculaire expose à un risque élevé de lésions pulmonaires liées à la ventilation mécanique ainsi qu’à des complications neurologiques associées à l’instabilité hémodynamique.

Le concept s’inscrit dans la continuité de travaux expérimentaux menés ces dernières années sur des modèles animaux, notamment des agneaux prématurés maintenus plusieurs semaines dans un système extra-utérin liquidien permettant la poursuite de la maturation pulmonaire et cérébrale tout en conservant une circulation ombilicale fonctionnelle.

Myrthe van der Ven, ingénieure biomédicale et cofondatrice de la start-up AquaWomb issue de l’Eindhoven University of Technology, explique que l’objectif est de reproduire le plus fidèlement possible les conditions physiologiques de la vie intra-utérine. « Nous voulons maintenir le fœtus dans un environnement aussi proche que possible de l’utérus, afin de permettre la poursuite de la maturation des poumons et du cerveau avant la transition vers la respiration aérienne », explique Myrthe van der Ven.

Le Pr Guid Oei, gynécologue-obstétricien au Máxima Medical Center et professeur associé à l’Eindhoven University of Technology, souligne l’enjeu clinique potentiel de cette approche. « Avec cet utérus artificiel, nous voulons aider les bébés extrêmement prématurés à traverser la période critique entre 24 et 28 semaines de gestation », explique le Pr Guid Oei.

La technologie demeure toutefois au stade expérimental. Les équipes impliquées poursuivent les développements précliniques visant à optimiser la stabilité hémodynamique, la gestion du liquide amniotique artificiel et la biocompatibilité du circuit extracorporel avant toute éventuelle évaluation clinique.

Au-delà des défis technologiques, ces travaux relancent également les discussions cliniques et éthiques autour du seuil de viabilité et de l’évolution des stratégies de prise en charge des naissances extrêmement prématurées.

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