Des carapaces de crevettes pourraient demain contribuer au traitement des brûlures du second degré. L'Université de Mons (UMONS) et l'Université Cadi Ayyad (UCA) de Marrakech lancent ChitoPatch, un projet soutenu par l'Académie de Recherche et d'Enseignement Supérieur (ARES), qui vise à développer un pansement biosourcé de nouvelle génération à partir de chitosane obtenu à partir des carapaces de crevettes.
Porté par le Service des Matériaux Polymères et Composites (SMPC) de l'UMONS, dirigé par le Pr Jérémy Odent, en partenariat avec le Laboratoire de Biotechnologie, Bioingénierie Pharmaceutique et Intelligence Artificielle de l'UCA, sous la responsabilité du Pr Anass Belbachir, le projet entend valoriser la chitine présente dans les carapaces de crevettes pour concevoir un biomatériau destiné à la médecine régénérative.
La chitine, transformée en chitosane, présente des propriétés biocompatibles, biodégradables, antimicrobiennes et cicatrisantes qui en font un candidat prometteur pour la fabrication de pansements avancés. Les chercheurs souhaitent associer ce biomatériau à des agents de réticulation biosourcés et à des technologies de bio-impression 3D afin de produire des pansements adaptés à la morphologie des lésions.
L'objectif est de favoriser la réparation des tissus tout en limitant le risque d'infection chez les patients présentant des brûlures du second degré. Les matériaux développés feront l'objet d'évaluations biologiques et précliniques destinées à démontrer leur sécurité et leur efficacité avant toute application clinique.
Le choix du Maroc s'inscrit probalement dans un contexte industriel particulier : une partie importante des crevettes grises pêchées en mer du Nord est décortiquée à la main dans des unités spécialisées marocaines avant de revenir chez nous, générant sur place d'importantes quantités de carapaces riches en chitine, aujourd'hui valorisées dans le cadre de projets de recherche.
« Avec ChitoPatch, nous souhaitons mettre les avancées en science des matériaux au service d'un besoin médical de terrain. L'objectif est de développer un pansement innovant, durable et accessible, capable d'améliorer la prise en charge des brûlures tout en s'appuyant sur des ressources locales abondantes mais sous-exploitées », explique le Pr Jérémy Odent.
Chaque année, des millions de personnes souffrent de brûlures nécessitant des soins spécialisés, dont l'accès demeure limité dans de nombreux pays à ressources contraintes. Le projet ambitionne de développer une solution innovante, performante et accessible tout en valorisant une bioressource encore largement sous-exploitée.
Vers des applications cliniques
ChitoPatch s'appuie sur les travaux antérieurs menés par les équipes de l'UMONS et de l'Université Cadi Ayyad sur la valorisation de la chitine. « Les recherches menées dans le cadre du projet AQUA'MAR nous ont permis d'acquérir les connaissances nécessaires pour envisager aujourd'hui une application biomédicale à forte valeur ajoutée », souligne la Dre Samira Benali, chercheuse au SMPC de l'UMONS.
Le consortium associe également le CHU Mohammed VI et le Centre de Médecine Régénérative de Marrakech afin de réunir les expertises nécessaires aux évaluations précliniques. Les travaux doivent permettre de consolider les bases scientifiques de cette technologie avant d'envisager, à terme, des essais cliniques, une production adaptée aux besoins locaux et une intégration progressive de ces biomatériaux dans les pratiques hospitalières.







