L'évolution de l'IA pourrait entrainer de nouvelles dérives sectaires, prévient le CIAOSN

Le Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) a rédigé près de deux cents rapports à l'intention des autorités fédérales ces deux dernières années, ressort-il de son rapport bisannuel 2024-2025. "Nous craignons que l'IA ne conduise à de nouvelles dérives dans le domaine de la spiritualité", alerte le Centre.

Son dernier rapport pointe plusieurs tendances inquiétantes, notamment la "manosphère", un réseau de sous-cultures et de communautés fragmentées en ligne qui véhiculent des messages masculinistes, antiféministes et misogynes. Le phénomène du coaching "pro-ana" (pro-anorexie) est également préoccupant, selon le Centre. Des personnes, la plupart du temps des hommes âgés, incitent des mineurs, souvent de jeunes femmes, à des comportements alimentaires toxiques et même létaux, sous couvert de spiritualité.
L'évolution de l'intelligence artificielle (IA) est aussi source d'inquiétude pour le CIAOSN. "Les chatbots ou les deepfakes pourraient par exemple d'être utilisés pour manipuler, influencer ou exercer une emprise sur des individus les plus vulnérables comme les mineurs", explique-t-il. Le CIAOSN a d'ailleurs publié fin 2025 une série de recommandations à destination des différents niveaux de pouvoir, intitulée "L'Intelligence artificielle et les organisations à vocation philosophique, spirituelle, religieuse ou se considérant comme telle : vers de nouvelles dérives sectaires 3.0 ?"
Sur les réseaux sociaux circulent des vidéos, parfois créées avec l'IA, mettant en avant des rituels ésotériques ou occultes et d'autres pratiques spirituelles. Elles sont réalisées, entre autres, par des coachs spirituels autoproclamés ou des influenceurs. Ces contenus souvent esthétiquement attrayants, peuvent, à la faveur des recommandations algorithmiques, "se propager rapidement et mettre en peu de temps les jeunes en contact avec des contenus allant de plus en plus loin ou devenant plus radicaux", indique encore le CIAOSN.
Les organisations religieuses et spirituelles s'engagent donc activement dans la transition numérique. De nouvelles forme de coaching émergent ainsi dans le métavers et utilisent les interactions virtuelles pour renforcer l'adhésion à des idéologies ou pratiques nocives. L'usage d'avatars rendent ces nouvelles formes d'autant plus difficiles à détecter.
Le rapport ajoute qu'un nombre croissant de centre se présentant comme de "santé holistique" proposent des machines prétendument capables de générer des énergies, parfois qualifiées de "quantiques". Elles sont souvent présentées comme un moyen de soulager des maladies graves comme la dépression ou le cancer. "Si ces 'machines' peuvent séduire par leur aspect futuriste, leur utilisation présente des risques importants et peuvent s'apparenter à un exercice illégal de la médecine", avertit le CIAOSN.
Ce dernier note aussi une augmentation des demandes concernant des groupements émanant du "féminin sacré", un mouvement réunissant des croyances diverses (New Age, Néopaganisme, etc.) et des rituels empruntés à différentes pratiques. Si le but annoncé de ce mouvement est d'éveiller son "féminin intérieur", de se reconnecter à la/sa nature, etc., "l'idée que les femmes ont en elles-mêmes les forces et les ressources pour accéder au bonheur et à l'auto-réalisation, pourrait devenir une source de pression et d'autoculpabilisation pour celles qui n'y arriveraient pas", selon le centre.
Enfin, Le CIAOSN mentionne également les "cercles de dons", aussi appelés "tissages de rêve" ou "mandalas" dont les prétentions ne sont rien de moins que renforcer la sororité face au patriarcat et garantir une abondance financière aux participantes grâce à la solidarité féminine.
Pour ce faire, les participantes sont invitées à effectuer des dons pour soutenir le rêve des autres, mais sans que l'argent ne soit ouvertement abordé. Ce système pourrait s'apparenter à une pyramide de Ponzi ou a un MLM (Multilevel Marketing, marketing de niveau), où les profits des membres les plus anciens sont générés par le recrutement de nouveaux membres. Une fois atteint le point critique (impossibilité de recruter davantage), le système s'effondre et les dernières recrues perdent l'argent investi. Cette pratique est interdite en Belgique.
Le CIAOSN a effectué divers signalements au SPF Économie à ce sujet et déplore un manque de structures d'accueil et de relais pour accompagner les personnes confrontées à ces situations.
Si le Centre identifie un problème, il peut le signaler aux autorités compétentes. L'objectif est d'attirer leur attention sur les signes d'une tendance particulière. Il appartient ensuite auxdites autorités de décider s'il convient de donner suite aux signalements.
Le CIAOSN a été créé il y a trente ans après le suicide collectif de plusieurs membres du mouvement sectaire l'Ordre du Temple Solaire. Au cours de l'été 2024, ses activités ont été temporairement suspendues en raison de "restrictions de personnel", mais l'organisation a ensuite pu reprendre ses fonctions. "Stabiliser les ressources reste toutefois un défi crucial pour garantir la pleine réalisation de notre mission", prévient l'institution.

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